
Entrée immédiate dans le monde des tueurs en série : âmes sensibles s’abstenir. Dès les premières pages de ce pavé, Maurice Dantec entraîne son lecteur dans une spirale implacable, celle de la folie, sans vous laisser une minute de répit.
On suit dans une première partie l’ultime cavalcade de Andreas Schaltzmann, qu’on surnomme le vampire de Vitry (vous pouvez imaginer le pire à partir du surnom). Puis une équipe de scientifiques s’attache à démontrer l’innocence de Schaltzmann concernant trois meurtres qu’on lui attribue à tort.
Arthur Darquandier, expert en sciences cognitives, en neurochimie et en informatique, parvient à se mettre tout le monde à dos et quitte l’Europe. Quand il revient, il repart sur la piste de tueurs aux pratiques rituelles qui sévissent essentiellement dans les Alpes. Il ne mène pas seul sa traque contre ces ouvriers du Mal : c’est le docteur Schizzo, neuromatrice aux facultés troublantes, quasi humaines et très performantes qui guide le scientifique sur les traces de la Famille.
Le grand Jeu a commencé, qui devra s’achever dans un bain de sang et de souffrances lors du Gambit du Millénium. Darquandier avance à pas de géant (la neuromatrice viole impunément et sans laisser de traces toute base de données, internationale ou privée, et aucune porte blindée ne lui résiste : facile !) et découvre les liens subtils tissés entre folie et mysticisme. Les tueurs s’abreuvent de philosophies pseudo-orientales et de millénarismes mal digérés.
Dantec nous entraîne au bord de psychismes malades, les scrute et les dissèque au péril de ses héros, aussi détestables soient-ils. C’est un délicieux cauchemar, une plongée dans des psychismes malades qui nous deviennent aussi proches qu’ils restent répugnants. Une très grande réussite d’écriture qui fascine et révolte à la fois.
Les racines du mal
Maurice G. Dantec
Gallimard (Folio Policier n°63), janvier 2001
752 pages