
J’ai lu durant cet été 2026, plusieurs livres sur l’affaire Pélicot. Défendre l’indéfendable de Béatrice Zavarro et Danièle Prieur fut, étrangement peut-être, le premier. L’avocate de Dominique Pélicot, mari de Gisèle Pélicot et principal accusé, explique pourquoi elle a accepté de défendre un homme que toutes les femmes honnissent.
Sans doute y a-t-il à l’origine un besoin de se justifier ou au moins d’expliquer le choix de cette femme d’être l’avocate d’un violeur et d’un homme qui a fait violer sa femme par des dizaines d’autres. Pour Béatrice Zavarro, tout être humain a droit à une défense. C’est la loi, c’est le droit et le droit, c’est l’essence même du travail d’avocat. Béatrice Zavarro est profondément en phase avec son métier. On le comprend car ce livre retrace aussi son parcours à elle, sa famille, son enfance à Marseille, ses études et le choix de son métier. C’est une femme forte et déterminée qui sait ce qu’elle veut et où elle va.
Malgré tout, on a du mal à comprendre comment elle peut défendre un homme qui n’a aucun respect pour les femmes, pour la sienne. Un homme qui bafoue à ce point la dignité humaine. Elle répond : un avocat n’est pas genré. D’ailleurs, elle se dit l’avocat de Dominique Pélicot, jamais l’avocate. Et aussi qu’elle ne défend pas le crime, elle le condamne au contraire bien sûr, mais le criminel.
Béatrice Zavarro raconte comment elle a vécu l’instruction puis le procès. Totalement ostracisée, elle a eu besoin de toute la force de sa conviction pour tenir, et de l’amour des siens, notamment son conjoint dont il est souvent question. La présence de cet homme aimant et aidant est un contrepoids nécessaire dans ce texte aussi. Pour en revenir à Béatrice Zavarro, sa solitude était totale au cours du procès. Car les avocats des co-accusés, cherchant à tout mettre sur le dos de Dominique Pélicot, la tenaient à l’écart. Et ces avocats aussi, pour défendre leurs clients, ont eu des propos qu’on aimerait ne plus entendre dans la bouche d’un homme. Pire, certains (Christophe Bruschi) ont insulté les féministes qui manifestaient à l’extérieur du Palais de Justice d’Avignon.
Béatrice Zavarro exprime tout son respect et son admiration pour Gisèle Pélicot qui a choisi de rendre ce procès public pour que « la honte change de camp ». La formule frappe et dit tout le courage de cette femme. Des vidéos des viols étant diffusées, tout le monde voit ce qu’elle a subi. Mais ce qui compte bien sûr, c’est qu’on voie les hommes, les coupables. Ce sont eux qui doivent avoir honte. Et ils ont honte puisqu’ils arrivent au procès le visage masqué alors qu’ils sont si fiers sur les vidéos quand ils violent.
Béatrice Zavarro évoque les nombreux co-accusés avec des mots sobres et pourtant, ils donnent envie de vomir. Pour la plupart ils n’assument rien, rejettent la faute sur Dominique Pélicot. Peu instruits pour la plupart et souvent précaires financièrement et affectivement, ils sont dominés par leurs pulsions perverses. Les animaux valent bien mieux qu’eux. Ils ont été condamnés mais j’ai du mal à croire qu’il ne chercheront pas ensuite à recommencer, en étant plus discrets cette fois, au moins ne pas se faire filmer en train de violer. « Violer » ? Oh mais ils ne savaient pas qu’ils violaient, la femme dormait et puis, le mari était d’accord… dire qu’ils sont nos voisins, nos collègues, nos cousins… misère.
Défendre Dominique Pélicot n’est pas empêcher ou espérer qu’il soit condamné : il doit l’être puisqu’il est coupable. C’est durant trois mois et demi lutter pour qu’il n’endosse pas la responsabilité des autres : il n’a forcé personne à participer.
Défendre Dominique Pélicot c’est tenter de comprendre comment il est devenu cet homme-là, ce violeur. Béatrice Zavarro raconte son enfance traumatisante et la résilience qui ne vient pas. Elle ne justifie pas, elle explique.
Ce qui intéresse l’avocat, c’est la complexité de l’être humain avec son mystère. Les faits ne s’imposent plus dans leur monstruosité puisque tout est tourné vers « comprendre ».
J’ai écrit la phrase ci-dessus pour ne pas l’oublier. Elle me semble essentiel. Depuis un an, j’ai écrit plus de 60 récits criminels pour ma chaîne, souvent épouvantables. Dans les commentaires, je lis souvent la formule « ce type est un monstre » et je n’aime pas du tout cette formule. Les monstres n’existent pas, il n’y a que des êtres humains. Et si j’écris ce genre d’histoires, c’est aussi pour fouiller « l’être humain avec son mystère ».
Défendre Dominique Pélicot n’est pas l’approuver. Béatrice Zavarro rappelle le long chemin parcouru pour reconnaître légalement les violences faites aux femmes et celui qui reste encore à parcourir.
Défendre l’indéfendable de Béatrice Zavarro et Danièle Prieur n’est pas un livre confortable. Il bouscule les convictions, pousse le lecteur dans ses retranchements et suscite la réflexion : un bon livre en somme.
Défendre l’indéfendable
Béatrice Zavarro et Danièle Prieur
Mareuil, 2025
ISBN : 9782372544320 – 266 pages – 21 €
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