Que dire si ce n’est que L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, deuxième opus de la série, est encore meilleur que le premier ? Si vous aimez les romans noirs sous l’Occupation, celui-ci est pour vous. Il vous faut être aussi amateur voire connaisseur en histoire car Romain Slocombe va loin dans le détail, ce qui rend cet opus aussi réaliste que terrible.

On retrouve le sinistre Léon Sadorski, Inspecteur Principal Adjoint aux Renseignements Généraux. On est à Paris en mai 1942 et l’ennemi, c’est le rouge, le coco (lisez : « le résistant »). Des bombes explosent partout, jusque dans les cafés fréquentés par les flics. Et elles tuent bien sûr, même si pas toujours au bon moment et donc ratant leurs cibles.

Tandis que la police enquête sur plusieurs attentats et règlements de compte entre communistes, le port de l’étoile jaune pour les Juifs se met en place. On va ainsi mieux reconnaître l’ennemi qui a une fâcheuse tendance à ressembler à tout le monde… L’antisémite Sadorski se félicite bien sûr, même s’il décide de venir en aide à la fille de ses voisins, eux-mêmes déportés. Il choisit de cacher la lycéenne chez lui, dans son appartement où vit aussi sa chère femme Yvette. Mais pourquoi ? C’est toute l’ambiguïté du personnage. N’allez pas croire cependant qu’il fasse preuve d’humanité ou de commisération. Pas du tout. Sadorski est un vrai salaud. Alors ?

Alors Julie est jeune et fraîche, naïve et surtout, elle a confiance en Sadorski, un ami des Juifs qui fait tout pour aider sa mère enfermée aux Tourelles. Elle y croit et le lecteur frémit en se demandant ce que lui veut Sadorski. Il est comme une immense araignée entourant sa proie dans un doux essaim avant de…

L’histoire personnelle de Sadorski se mêle à la grande, celle, dans cet opus, de la rafle du Vel d’Hiv. Romain Slocombe nous la fait vivre de l’intérieur grâce à ces flics à la fois bridés par le règlement et déchaînés par la possibilité de bouffer du Juif en toute impunité. Quelques scènes très violentes ne laissent aucun espoir sur la nature humaine. L’auteur a le sens du détail qui émeut et rend perceptible l’exécution de cette vaste opération policière. Sa préparation aussi, scrupuleusement préparée par la police française. On en apprend beaucoup sur tous les fonctionnaires et autres représentants de l’État aux commandes de l’opération.

Sadorski profite des événements pour donner libre cours à ses pires penchants. Il n’aurait sans doute pas été un bienfaiteur de l’humanité sans l’Occupation mais elle lui permet le pire dans lequel il se complaît. En plus de la précision historique, cette immersion dans une âme humaine des plus noires est vraiment passionnante. Car il est détestable, révoltant, écoeurant alors que… alors qu’il n’existe pas, alors qu’il n’est qu’un personnage de papier. Je suis toujours admirative de ces auteurs qui parviennent à nous faire éprouver tant d’émotions grâce à la fiction. Et puis, Sadorski a de surprenants sursauts d’humanité qui alimentent la curiosité du lecteur. Il reste tout de même une part d’imprévisible chez lui.

J’ai beaucoup lu sur l’Occupation, beaucoup écouté d’historiens et vu de documentaires et pour moi, Romain Slocombe est un de ceux qui rend le mieux par la fiction la réalité d’une époque plus que trouble. Paris sous l’Occupation, ça n’est pas glorieux.

Une participation à Sous les pavés, les pages.

Romain Slocombe sur Tête de lecture

 

L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski

Romain Slocombe
Robert Laffont (La Bête noire), 2017
ISBN : 9782221187760 – 592 pages – 21, 50 €





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