186 marches vers les nuages de Joseph Bialot

En 1946 dans Berlin totalement détruite, Bert Waldeck, Allemand opposant au régime nazi pendant la guerre, est interrogé par les Américains. En effet, rescapé du naufrage des bateaux-cages remplis de détenus allemands et pilonnés par les Britanniques, il est devenu « un auxiliaire des services américains lancés dans la chasse aux nazis ». Bert Waldeck, héros de Joseph Bialot doit aider les Américains à retrouver le Hauptsturmführer SS Hans Steiner, chef de camp SS dont il a croisé la route au moins deux fois alors qu’il était prisonnier  en tant que détenu de sécurité ennemi du Reich à Bonne-Espérance, une annexe de Dachau, puis à Mauthausen.

Enfermé dans les camps nazis depuis le début des années 30, Waldeck raconte à Doug Mayen ce que fut sa vie et les horreurs auxquelles il a assisté. Son témoignage nous donne à voir un aspect moins souvent traité de la Seconde Guerre mondiale, à savoir le sort de tous les gens considérés comme ennemis du Reich, les opposants politiques, les communistes, les homosexuels, les témoins de Jéhovah… Et ce qu’il raconte est comme on se l’imagine révoltant. Je garderai je crois longtemps l’image de ce match de football organisé par un kapo entre des prisonniers de droit commun et des témoins de Jéhovah.

Le roman de Joseph Bialot prend des allures d’enquête et de roman d’espionnage quand Bert Waldeck soupçonne que les Américains ne lui disent pas tout et qu’il y a des raisons cachées à la recherche de Hans Steiner qui, pour avoir commis des crimes, n’en est pourtant pas un haut responsable du régime hitlérien.

J’ai apprécié ce texte grâce à la sobriété du style de Joseph Bialot. Waldeck raconte avec beaucoup de dignité ce qu’il a vu, dans les faits, sans débordement d’émotion, de haine ou de vengeance. Son récit n’en est que plus percutant et « efficace ».

« Tout ce que la planète a vécu comme saletés, tout ce que les cerveaux de l’Homo sapiens ont pu inventer de délirant depuis des millions d’années, je le sais. Tout ce qu’un face à gueule humaine est capable d’imaginer pour humilier son prochain, le casser, le limer, le faire souffrir sur un rythme lent, je le connais. […] J’ai quarante ou dix mille ans ! ».

Juif d’origine polonaise, Joseph Bialot est lui-même un rescapé des camps (il relate cette période de sa vie dans C’est en hiver que les jours rallongent). Ce roman est donc autant mêlé d’expérience que de fiction. Il témoigne de ce qui s’y est passé tout autant que de la situation de ceux qui en sont sortis, complètement détruits, à l’image de Berlin en ruines, l’analogie entre l’homme et la ville étant tout à fait pertinente et très réussie.

C’est un roman très fort, qui témoigne de faits peu connus (en particulier du pilonnage par la RAF de bateaux allemands transportant des opposants au régime nazi qui moururent noyés par milliers). C’est éprouvant mais nécessaire.

Joseph Bialot sur Tête de lecture.

 

 
186 marches vers les nuages

Joseph Bialot
Métailié, 2009
ISBN : 978-2-86424-685-5 – 171 pages – 15 €





39 réponses à « 186 marches vers les nuages de Joseph Bialot »

    1. Sandrine
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