
Dès les premières pages de Celle qui sait de Riley Sager, l’amateur de romans gothiques se trouve en territoire connu. Bien que l’on soit dans le Maine des années 80, l’ambiance est quasi victorienne voire même avant. On retrouve tout l’attirail du roman anglais de la fin du XVIIIe siècle, quand la jeune fille vertueuse et bête comme ses pieds se retrouve la proie du Mal dans un château hanté.
Ici l’héroïne n’est plus une oie blanche, au contraire et d’ailleurs, autant le dire d’entrée, il n’y a pas d’intrigue sentimentale dans Celle qui sait ce qui est bien sûr à mettre à son crédit. Je dirais que la vie sexuelle de Kit McDeere est plutôt… surprenante par les temps littéraires qui courent et donc un bon choix. D’autres éléments sont plus convenus.
Kit est une aide-soignante à la recherche d’emploi. Les propositions ne se bousculent pas car il y a une tache sur son CV : sa dernière patiente est morte par sa faute et elle a été mise à pied pendant six mois. Elle est donc contrainte d’accepter le poste que personne ne veut : garde-malade à domicile de la vieille Lenora Hope. Tout le monde la connaît dans le coin puisque que cinquante-quatre ans plus tôt, elle a tué son père, sa mère et sa sœur dans un bain de sang dont on a fait une comptine. Elle avait 17 ans et depuis, elle vit recluse à Hope’s End, le bien nommé manoir de famille.
Sinistre réputation qui explique la répugnance de Kit à travailler pour elle… Sauf que la vieille a plus de soixante-dix ans et ne peut plus bouger que le bras gauche. Même avec beaucoup d’imagination, on a du mal à avoir peur pour Kit et à croire à ses peurs. Le manoir déserté est bien plus effrayant avec ses pièces désertes, ses bruits nocturnes et ses tableaux voilés. D’autant plus que posé au bord de la falaise, il penche chaque jour un peu plus dans le vide. On est dans une ambiance « Chute de la maison Usher ».
On a donc une atmosphère plutôt réussie même si classique et une héroïne peu crédible, au moins quant à ses craintes. Passons à l’intrigue. Kit veut savoir si Lenora a effectivement zigouillé toute sa famille et pourquoi. Elle en est d’abord certaine, sans doute pour que le lecteur ne le soit pas. Après avoir pris soin de camper une Kit intéressante dans ses relations avec sa famille (et ses problèmes professionnels qu’il ne faut pas trop dévoiler), voilà que plusieurs aberrations tombent comme des cheveux sur la soupe. La première : Kit vient à peine d’arriver que Lenora décide de lui raconter toute l’histoire de sa famille après plus de cinquante ans de silence.
Les chapitres alternent entre passé et présent et le rythme est assez lent, ce qui n’est pas plus mal.
Mais quelqu’un a dû dire à Riley Sager qu’un bon suspens se construisait sur des retournements de situation et des rebondissements. Et il y en a tellement, jusqu’à la toute dernière page, que je serais bien incapable de vous résumer l’histoire du début à la fin. L’auteure s’emploie à faire croire quelque chose pour mieux détromper le lecteur quelques pages plus loin. Et certains de ces retournements sont tout à fait improbables, même si d’autres fonctionnent. Il y a là un problème de dosage : trop c’est trop.
On a indéniablement envie de savoir ce qui s’est passé à Hope’s End la nuit du carnage. Mais les chemins tortueux pour le découvrir ne sont pas tous convaincants. Les failles de l’héroïne principale sont bien amenées mais elle-même manque parfois de subtilité et se montre par trop crédule. Au final, Celle qui sait me semble un bon divertissement si on n’est pas trop regardant.
Celle qui sait
Riley Sager traduite de l’anglais (américain) par Dominique Hass
Seuil (Verso), 2026
ISBN : 9782386433467 – 528 pages – 21,90 €
The Only One Left, parution originale : 2023
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