L’histoire de France a ses mystères, ses énigmes irrésolues et ses disparitions. C’est au mythique Louis XVII que s’attache ici l’Américain Louis Bayard pour «un splendide thriller historique dans la lignée de L’Aliéniste», dixit la quatrième de couverture. Qui évoque également une «reconstitution magistrale du Paris de l’époque» et d’un «thriller historique de tout premier ordre, aux rebondissements incessants, à la tension et au suspense d’une rare intensité». Voyons voir ça…

1823. Un certain monsieur Leblanc (on se croirait au Cluedo) est retrouvé assassiné dans les rues de Paris. Il se rendait chez le docteur Carpentier, pas vraiment docteur en fait, juste étudiant en médecine. C’est Vidocq qui enquête, le chef de la Sureté lui-même, qui comprend donc tout de suite que le jeune homme n’y est pour rien et l’enrôle comme assistant. Le jeune étudiant lui apprend que son père était docteur et de fil en aiguille, qu’il a soigné à la prison du Temple  Louis XVII enfant, qui y fut prisonnier jusqu’à sa mort en 1795, plus de vingt ans auparavant donc. Et si… et si Louis XVII n’était pas mort ? Et si l’actuel Louis XVIII n’avait aucune légitimité du fait de l’existence d’un fils encore vivant de Louis XVI ?

Toutes ces interrogations, pour incroyables qu’elles soient, n’ont pas réussi à susciter mon intérêt. Malheureusement, je suis restée étrangère au sort de cet enfant, puis jeune homme, qu’ils finissent par retrouver, forcément. Mais est-il bien celui qu’on croit ? Le docteur Carpentier l’a-t-il fait sortir de la prison du Temple en lui substituant un autre enfant ? Sa sœur, la duchesse d’Angoulême va-t-elle le reconnaître ? Et le cas échéant, que faire de lui ?

Je crois que j’aurais pu arrêter ma lecture sans connaître la fin que Louis Bayard a voulu donner à cette énigme. La reconstitution n’est pas aussi magistrale que le prétend la quatrième de couverture, j’ai lu bien mieux, dans L’Aliéniste de Caleb Carr justement (La tour noire ne tient pas du tout la comparaison à ce niveau) : les rues sales et pavées, un ou deux salons, à peine les locaux de la Sûreté, ça ne suffit pas pour reconstituer une époque et un lieu.

Quant à la tension, aux rebondissements et au suspense promis, peut-être sont-ils présents, mais ils m’ont tout simplement laissé indifférente. Je ne suis pas friande des mystères de l’histoire de France, mais il me semble que j’aurais pu m’y intéresser si les personnages avaient été un peu plus consistants. Avant que le jeune docteur Carpentier précise son âge, je pensais qu’il avait au moins quarante ans, quant à Vidocq, il incarne plus un rôle (tonitruant, provocateur, vulgaire, sans-gêne) qu’un véritable personnage. On ne suit pas le cheminement de ses recherches puisque le jeune étudiant en médecine est le narrateur et Vidocq a donc l’air d’une marionnette qu’on sort pour quelques scènes.

Ce livre a été élu meilleur thriller de l’année par le Washington Post (et je passe les avis dithyrambiques reproduits sur la jaquette), et ça, c’est inquiétant. Quand des auteurs américains comme James Ellroy ou Jack O’Connell viennent en France (je cite ceux-là car je les ai entendus en interview cette année), ils n’ont de cesse de remercier le public français de l’intérêt qu’il porte à leurs livres. Parce qu’aux États-Unis, ils ne sont pas considérés à leur juste valeur. Que les Américains puissent préférer La Tour noire à n’importe quels livres d’Ellroy ou Lehane, je trouve ça inquiétant et symptomatique. Non pas que La Tour noire soit indigne, c’est juste lisse, commercial et sans la moindre profondeur. Un roman confortable qui reste à la surface, produit un plaisir instantané et vite oublié, mais en aucun cas une émotion ou une réflexion.

 

La Tour noire

Louis Bayard traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre
Le Cherche Midi, 2010
ISBN : 978-2-7494-1323-4 – 402 pages – 22 €

The Black Tower, publication aux États-Unis : 2008





52 réponses à « La tour noire de Louis Bayard »

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