
La fenêtre panoramique de Richard Yates, auteur quasi inconnu ici de même que dans son pays où il est largement oublié, a connu un regain d’intérêt grâce à l’adaptation qu’en a fait Sam Mendès sous le titre Les Noces rebelles. Il raconte comment un couple américain propre sur lui vole en éclat, à force de se croire différent.
La banlieue de New York, années 50. April et Frank Wheeler ont de beaux enfants, une belle maison, de gentils voisins. Ils ont l’air désespérément comme tout le monde, mais ils s’efforcent pourtant de se croire différents, pas comme leurs voisins et amis. April pense que Frank est quelqu’un d’intelligent que la paternité et le travail contraignent à une vie médiocre. Elle s’ennuie à la maison, il s’ennuie au travail. Pour qu’ils puissent enfin vivre pleinement leurs potentiels, elle propose à Frank de partir, de quitter les États-Unis pour l’Europe, pour Paris où elle travaillera pendant que lui se consacrera à ce qu’il veut.
Le lecteur de Richard Yates comprend dès le début que le beau projet est voué à l’échec car ni l’un ni l’autre n’a l’envergure de ces ambitions. Ni April ni Frank ne sont vivants, ils ne sont que des pantins dans une comédie sociale dont ils croient pouvoir se défaire mais dont le moule est bien plus fort qu’eux. Le couple se craquelle irrémédiablement, détruisant méthodiquement le rêve américain, pendant que page après page, le lecteur s’ennuie de plus en plus. Après 380 pages du récit de cette petite vie sans saveur de banlieusards new yorkais, j’ai jeté l’éponge. Il est en effet difficile d’écrire sur l’ennui de la vie sans ennuyer le lecteur et Richard Yates n’y parvient pas. Ce Frank Wheeler est un héros aux petits pieds, menteur, fourbe, dénué d’ambition et ne méritant nullement l’admiration de sa femme. L’auteur s’attache trop à décrire ses journées de travail, ses réunions inintéressantes. Il n’est même pas cynique, juste lassant.
Ayant lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec Miss Sunalee (et vraiment commune au sens où nous l’avons lu en même temps), je lui ai envoyé un mail pour lui faire part de mon abandon. Elle a pour sa part poursuivi, très enthousiasmée par sa lecture, puis m’a suggéré de lire quand même les dernières pages. Et j’y ai trouvé l’ironie qui me semble-t-il manque à tout le reste du roman.
Peut-être qu’en 1961, quand ce livre a été publié, était-il provocant, mais on a beaucoup lu sur ce thème depuis et celui-ci a vraiment très mal vieilli. Je crois que c’est en grande partie dû à l’écriture vraiment très vieillotte. On dirait un roman guindé du début du XXe siècle. A travers ce couple, l’auteur veut faire le portrait d’une Amérique essentiellement superficielle, qui cherche à correspondre à des modes, des images, des courants de pensée, sans jamais être elle-même. C’est la fadeur qui domine au final, aussi bien pour ce qui est du style, des personnages que de l’intrigue. Et de la fadeur naît l’ennui. Tant pis pour moi…
La fenêtre panoramique
Richard Yates traduit de l’anglais par Robert Latour
Robert Laffont, 2005
ISBN : 978-2-221-10208-4 – 528 pages – 10,90 €
Revolutionary Road, parution aux Etats-Unis : 1961
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