Un notaire peu ordinaire de Yves Ravey

Madame Rebernak s’occupe seule de ses deux enfants adolescents depuis la mort de son mari. Elle travaille dur, gagne modestement sa vie en faisant des ménages. Son fils, narrateur de Un notaire peu ordinaire, fait des nuits à la station-service. Quand on lui annonce que son cousin Freddy vient de sortir de prison, tout s’accélère pour elle. Il est hors de question qu’il vienne s’installer chez elle, ni même qu’il vienne la voir.

Mais Freddy ne lui demande pas l’autorisation et vient sonner à sa porte, en bon cousin. Madame Rebernak fait tout pour qu’on l’éloigne d’elle et surtout de ses enfants. Car c’est pour viol qu’il a fait de la prison son cousin, le viol d’une petite fille, camarade de classe de sa fille Clémence. Laquelle ne se soucie de rien en ce mois de révision du bac de français. Elle a commencé à sortir le soir, à fréquenter le fils du notaire. Un garçon bien le fils du notaire, tout comme son père qui a trouvé du travail à madame Rebernak au collège et qui ramène Clémence le soir à la maison. Mais voilà, il n’est pas ordinaire ce notaire, non, pas ordinaire du tout.

Dans Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey énonce les faits les uns après les autres. Ils s’enchaînent et le lecteur sait bien qu’aussi banals qu’ils soient, ils vont conduire vers un drame, un drame du quotidien, avec des gens ordinaires dans une province française comme une autre. On comprend qu’elle est simple cette madame Rebernak, qu’elle est l’innocente victime entre le cousin et le notaire. Elle se débat, mais elle n’a ni la force, ni le pouvoir. Elle fait de son mieux pour protéger sa fille.

Il est question dans Un notaire peu ordinaire de ce qu’on sait des gens, ceux qu’on croise et qu’on croit connaître grâce à leur place dans la société. Il est question de discrimination sociale, par le statut. De tout ce qu’on voit, on entend, on croit savoir sur les autres. De Freddy et d’un notaire peu ordinaire, le lecteur comme madame Rebernak croit savoir des choses, ces choses qui lui parviennent par la voix d’un jeune homme sans la ponctuation habituelle. Pas de tirets pour les dialogues, de « dit-il », mais un flot de discours. Grâce à ce narrateur qui raconte après-coup, sachant donc vers quoi mène l’enchaînement des faits, le récit monte lentement mais irrévocablement en tension, comme si chacun marchait vers son destin sans alternative possible.

La narration reste très factuelle, rien n’est interprété, et pourtant le lecteur n’a aucun mal à comprendre cette madame Rebernak, à se mettre à sa place et bientôt à craindre pour elle. C’est donc de façon subtile qu’Yves Ravey nous fait prendre part à ce drame discret mais terrible. Son écriture minimaliste et stricte est au service d’une grande efficacité émotionnelle.

 

Un notaire peu ordinaire

Yves Ravet
Minuit, 2013
ISBN : 978-2-7073-2259-3 – 106 pages – 12 €





24 réponses à « Un notaire peu ordinaire de Yves Ravey »

    1. Sandrine
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