
« Qui a jamais vraiment accepté de se considérer à titre individuel comme un simple incident dans le jeu complexe de l’évolution ? » Pas le genre de question qu’on se pose tous les matins, voilà peut-être pourquoi Johan Heliot se la pose et nous la pose dans Involution. L’involution qui n’est pas la régression mais une sorte de mutation vers un autre état pour l’humanité.
Tout commence au Brésil où Vincent vient de décrocher un job en or grâce à son ami Sebastian, concepteur de l’impitoyable Globo, le bien plus que moteur de recherche destiné à damer le pion à Google, et fer de lance de la coalition du Sud contre l’hégémonie nord-américaine. Vincent arrive à São Paulo avec la ferme intention d’y retrouver son ex-femme Chloé et leur fille, parties le plus loin possible de lui quelques mois plus tôt.
Il est à peine arrivé que l’Anomalie Magnétique Atlantique Sud (AMAS) fait déjà des siennes et affole les experts. Ce qui ne remet pas en cause la décision de Chloé de plonger à l’aide de sa machine à forer au cœur du manteau terrestre afin d’y découvrir d’éventuelles réserves de méthane. Cette première expérience pour le compte de la société Foréa sera l’avènement de son projet et le point de départ d’une brillante carrière.
Mais en cours de descente, Chloé va faire une très étrange rencontre qui va changer non seulement sa vie (tout à fait définitivement) mais aussi le cours de l’humanité. Car c’est au centre de la terre que vit cachée une entité qui attend et veille sur la réserve de fer du noyau en vue de l’Unification. De l’Unification de quoi ? Eh bien c’est ce que Johan Heliot a imaginé, une autre façon d’en finir avec l’humanité, l’erreur ou le hasard humain…
Parmi toutes les horreurs que les écrivains de science-fiction ont pu imaginer pour faire disparaître l’être humain, celle d’être intégré-ingéré à une autre entité semble être une des moins douloureuses… Le processus nécessite certaines explications amenées clairement qui permettent au lecteur d’imaginer ce processus d’involution. J’ai été un peu moins convaincue par le personnage de Cesar, jeune caïd qui devient la réincarnation du Seigneur des sept carrefours du culte quimbanda. L’idée n’est certainement pas mauvaise, mais à l’image des autres personnages, César manque de densité.
Avec tant de thèmes et prospectives scientifiques intéressantes, Involution aurait pu devenir un thriller au choix : métaphysique, technologique, scientifique… ou les trois à la fois dans les meilleurs sens de ces adjectifs. Mais l’ambitieux projet n’a pas l’envergure qu’il méritait.
Johan Heliot sur Tête de lecture
Involution
Johan Heliot
J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), janvier 2014
189 pages, 13€
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