
Cady est une Sinclair. Comme tous dans cette riche famille, elle a conscience d’être « membre d’une caste privilégiée et exceptionnelle, quelqu’un dont la vie s’inscrit d’emblée dans la légende, pour la simple raison qu'[elle] fait partie de ce clan mythique« . La fortune vient des grands-parents Sinclair, mais la grand-mère Tipper meurt peu avant l’été quinze, l’été de l’année où les cousins vont fêter leurs quinze ans.
Comme tous les ans, on se réunit à Beechwood, au large de Martha’s Vineyard. C’est une île privée où chacune des trois filles Sinclair a sa maison. Elles y venaient jadis en famille mais à l’été quinze, elles ont toutes divorcé. Cady est l’aînée des petits-enfants Sinclair, la fille unique de Penny. Elle se fait une joie de retrouver Johnny et Mirren, ses cousins, et surtout Gat. Gat, c’est le neveu du nouvel ami de la tante Carrie et cet été-là, l’été quinze, Gat et Cady tombent amoureux.
Ce qui ne correspond pas aux attentes du souriant, discret mais despotique grand-père Sinclair : pas de moitié d’Indien dans la famille, s’il pouvait prendre ses repas ailleurs, ce serait parfait…
De tout ça, Cady ne se souvient pas. Car il s’est passé quelque chose pendant l’été quinze, quelque chose qui l’a conduite à l’hôpital. Elle a tout oublié, ou presque, suite à un traumatisme crânien. Elle n’est pas retournée à Beechwood pour l’été seize, parcourant l’Europe avec son père, mais elle insiste et s’y rend pour l’été dix-sept. Elle retrouve les trois autres : les menteurs sont enfin réunis et elle entend bien leur tirer les vers du nez pour découvrir ce qui s’est passé deux ans plus tôt.
Nous les menteurs fait partie de ces romans dont il ne faut quasi rien savoir avant de l’ouvrir. Il est évident dès le départ que les Sinclair ont mal tourné, que Cady chante trop haut et fort les louanges de la famille, dont elle se moque. Il s’agit de brosser le portrait d’une caste pourrie par l’argent, dont les rapports ne tournent qu’autour du futur héritage. Les cousins étaient jusqu’alors exempts de ces tracasseries, mais la grand-mère venant de mourir, les trois filles Sinclair décident de pousser leurs aînés respectifs pour qu’ils soient les favoris : la course au meilleur héritage est ouverte alors qu’elles sont déjà richissimes. Mais voilà :
Ma mère et ses sœurs dépendaient de grand-père et de sa fortune. Elles avaient eu la meilleure éducation, toutes les opportunités et les contacts dont on pouvait rêver, mais elles étaient incapables de subvenir elles-mêmes à leurs besoins. Aucune d’entre elles n’avait fait quoi que ce soit d’utile dans ce monde. Rien de nécessaire. De courageux. Elles étaient restées des petites filles s’efforçant de faire plaisir à leur papa. Il était leur unique gagne-pain – et elles n’aimaient que le pain de luxe.
Que s’est-il passé à Beechwood cet été-là ? Que s’est-il passé de si terrible au point d’en ôter la mémoire à Cady ? La jeune fille espère l’apprendre de ses cousins, en s’efforçant de se rappeler. Son récit est parfois un peu long, rabâchant comme elle les quelques bribes de souvenirs qui lui reviennent. On imagine que la vérité sera terrible, et on n’est pas déçu. Au-delà de l’histoire de la détestable famille Sinclair, on suit avec intérêt le cheminement d’une adolescente traumatisée qui cherche à se défendre d’une réalité douloureuse.
Nous les menteurs
Emily Lockhart traduite de l’anglais (américain) par Nathalie Peronny
Gallimard Jeunesse, mai 2015
272 pages, 14,50€
We Were Liars, parution originale : 2014
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