Partager la publication « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda »

Avec les autres mouettes de son espèce, au-dessus de la mer du Nord, Kengah vole. Ensemble, elles plongent et pêchent le hareng. Alors qu’elle survole l’embouchure de l’Elbe, Kengah a un moment d’inattention et n’entend pas le signal d’alarme : elle plonge et quand elle émerge, elle est seule. Et presque aveugle. Elle vient d’être mazoutée et n’en a plus pour longtemps, elle le sait. Elle va pourtant pondre un œuf avant de mourir et trouver une nounou pour sa progéniture, le chat Zorbas.
Ah, il ne se doute pas de ce qui va lui tomber dessus alors qu’il se chauffe au soleil sur le balcon ! Zorbas est un chat « grand noir et gros » nourri aux croquettes. Son maître vient de partir en vacances pour deux mois et il n’est pas mécontent d’avoir l’appartement pour lui tout seul. Quand Kengah tombe du ciel et lui révèle qu’elle va mourir, il n’a qu’une idée : l’aider. Vite, aller chercher de l’aide auprès de ses amis les chats du port de Hambourg ! Mais la mouette sait qu’il est trop tard et lui fait jurer de veiller sur son œuf, puis sur son petit et, le moment venu, de lui apprendre à voler.
Zorbas va donc couver l’oeuf avant de se transformer en maman de substitution. Il doit aussi protéger le bébé mouette des méchants chats du quartier et des bandes de rats qui en feraient bien leur repas. Pas facile de répondre aux besoins d’une mouette quand on est un chat. Heureusement, Zorbas a des amis, dont Jesaistout qui cherche toutes les réponses aux problèmes dans son encyclopédie, Secrétario àl’accent italien et le vieux Colonello qui lui, parle italien (« Porca miseria ! ») mais bégaye. Ils se sentent immédiatement solidaires de Zorbas car les problèmes d’un chat du port sont les problèmes de tous les chats du port.
Malgré l’encyclopédie et les machines volantes de Léonard de Vinci qu’elle décrit, il n’est vraiment pas facile pour un chat d’apprendre à voler à une mouette…
J’ai lu cette histoire il y a plus d’une vingtaine d’années pour la première fois. A présent je l’ai écoutée lue par Bernard Giraudeau et franchement, c’est génial. Il donne une voix différente à chacun des personnages avec grand talent. Les réunions entre chats sont encore plus drôles, les rats super inquiétants et la petite mouette adorable. Cette lecture talentueuse donne beaucoup de dynamisme à un texte déjà très vivant. On peut l’écouter ici.
Qu’on soit grand ou petit, on est touché par cette histoire de mouette mazoutée à cause de l’irresponsabilité humaine (on se souvient que Luis Sepulveda a travaillé pour Greenpeace) et par la solidarité entre animaux. Ils mettent leur instinct de côté pour venir en aide à plus faible qu’eux et tiennent parole, quoi qu’il en coûte. Les chats se transforment en éducateurs attentifs et zélés et découvrent qu’ils sont capables d’aimer un être totalement différent d’eux. Bien que ce soit terriblement compliqué, cet amour les rend forts. Et il nous fait du bien, le temps d’un conte qui prône la différence et l’écoute.
Une lecture qui me permet de participer au mois latino.
Luis Sepulveda sur Tête de lecture
Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler
Luis Sepulveda traduit de l’espagnol (chilien) par Anne-Marie Métailié
Métailié, 1996
ISBN : 2-02-030043-5 – 128 pages – 12, 95 €
Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar, parution originale : 1996
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