Le guerrier de porcelaine de Mathias Malzieu

Juin 1944. Le petit Mainou a neuf ans, sa mère enceinte meurt en couche. Son père, résistant, décide de l’envoyer chez sa grand-mère maternelle en pays de Bitche, c’est-à-dire en Lorraine. Et là, les choses se compliquent pour moi…

Le rabat de couverture explique « on décide de l’envoyer, caché dans une charrette à foin, par-delà la ligne de démarcation, chez sa grand-mère qui a une ferme en Lorraine ». La ligne de démarcation, en juin 1944 ??? De quoi s’agit-il ? En France en 1944, voilà bien longtemps qu’il n’y a plus de ligne de démarcation ni de zone libre ou occupée. Par contre, si Mainou est envoyé en Lorraine, ce n’est pas dans n’importe quel département. C’est en Moselle, la partie de la Lorraine annexée par les Allemands en 1940.

D’ailleurs, un personnage le précise : « toute la région a été annexée. Nous sommes en terrain ennemi ». Donc la « ligne de démarcation » du rabat de couverture (également citée par l’auteur page 16 du livre) est en fait la frontière entre la France et le Reich et se traverse quelque part dans le Jura, clandestinement.

Cet imbroglio historique m’a perturbée pendant toute ma lecture. Plus globalement, je trouve qu’il y a très peu de précisions historiques dans ce roman et qu’elles font vraiment défaut.

L’Histoire sans doute n’est pas sujet, mais le contexte est très important puisqu’il s’agit de la guerre, de l’obligation de rester caché, cloîtré dans sa chambre. On ne comprend pas bien pourquoi cet enfant ne pourrait pas sortir comme les autres, jouer dehors, faire du vélo… En fait, c’est parce qu’il ne parle pas allemand et que tous les Mosellans le doivent depuis plusieurs années. Le fait que cette histoire soit racontée à hauteur d’enfant n’empêche pas de telles explications car l’histoire du père de Mathias Malzieu, Mainou, est précédé d’un prologue qui aurait pu en faire état. J’ai lu des chroniques sur Babelio, globalement très positives. Personne ne s’étonne qu’on fasse passer en 1944 un enfant « en zone occupée ». Je trouve que c’est un problème…

Mathias Malzieu donne la parole à son père, Mainou qui à hauteur d’enfant raconte l’année qu’il a passée chez sa grand-mère mosellane de 44 à 45. Il vient de perdre sa mère, son père résistant est peut-être mort et il est entouré de quasi inconnus. Mathias Malzieu rend compte de la tristesse de l’enfant qui continue à parler à sa mère dans son cahier. Si la tonalité est souvent triste, quelques traits d’humour affleurent grâce à la bigote tante Louise et surtout à l’Emile, l’oncle qui fait tout son possible pour alléger la vie de l’enfant enfermé (mais pourquoi n’est-il pas intégré à l’armée allemande parmi les célèbres Malgré nous ?).

C’est un enfant, pire, c’est un orphelin. On ne peut pas le garder sous cloche. À nous de trouver des astuces pour qu’il ait de quoi penser à autre chose qu’à la mort de sa mère, à la guerre qui n’en finit pas et à son père qui ne reviendra peut-être jamais. Il faut que sa machine à rêves continue de fonctionner. Il faut qu’il puisse s’explorer encore. Qu’il lise, qu’il écrive, qu’il dessine, et même qu’il fasse des conneries.

Mathias Malzieu parvient à nous faire croire à cet enfant grâce à de nombreuses trouvailles langagières et poétiques.

Il faut que tu comprennes que je ne peux pas m’occuper de toi pour l’instant, dit Papa.
J’aimerais bien savoir combien de temps ça dure, un « pourlinstant », mais je dis rien. 

Il rend compte de l’incompréhension de l’enfant face à la mort dans une langue simple et touchante. Parfois, il en fait trop, c’est un peu mièvre et j’adhère moins.

Malgré la situation de l’enfant, l’humour est très présent. Par exemple, un oeuf puis un bébé cigogne l’accompagne dans son deuil. Il le baptise Marlène Dietrich : ce choix rend bien compte du mélange des genres pratiqué par l’auteur, entre drame et humour tendre.

Ce roman m’a été conseillé par Géraldine suite à mon appel pour mes 20 ans de blog. Je la crois fan de Mathias Malzieu, en tout cas, elle a beaucoup aimé ce livre. Je suis contente de l’avoir lu grâce à elle car je n’avais pas lu cet auteur depuis longtemps.

Mathias Malzieu sur Tête de lecture

 

Le guerrier de porcelaine

Mathias Malzieu
Albin Michel, 2022
ISBN : 978-2-226-47037-9 – 235 pages – 19,90 €

 

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29 réponses à « Le guerrier de porcelaine de Mathias Malzieu »

  1. keisha41
      1. keisha41
  2. je lis je blogue
  3. luocine
  4. aifelle
  5. Marie GILLET

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