Le Sauvage d'Almond et McKean

Si David Almond est déjà l’auteur de plusieurs romans pour adolescents parait-il réussis, ce n’est pas son nom qui m’a donné envie de me plonger dans ce roman graphique pour la jeunesse, mais bien celui de l’illustrateur, Dave McKean. Si vous ne connaissez pas Dave McKean, c’est mal, très mal, et je m’en vais  faire quelque chose pour vous.

Cet homme est un illustrateur de génie qui a rencontré un autre génie nommé Neil Gaiman. Ensemble, ils ont d’abord fait une superbe BD, Violents Cases, puis McKean a dessiné les couvertures de Sandman. Pour les enfants, ils ont produit deux magnifiques et étranges albums : Le jour où j’ai échangé mon père contre deux poissons rouges et Des loups dans les murs, tous deux indispensables. Plus récemment, McKean a illustré The Graveyard Book (L’étrange vie de Nobody Owens). Mais le grand choc pour moi à ce jour reste MirrorMask, un film absolument magnifique et gigantesque, une claque esthétique comme rarement on en prend dans sa vie.

« C’était un enfant sauvage qui vivait dans le bois de BurgessIl avait pas de famille, il avait pas de copains, il savait pas d’où il venait et il parlait pas, il vivait de baies, de racines, de lapins et des trucs comme des bouts de tartes pourries qu’il chipait dans les poubelles... » écrit le jeune Blue Baker qui vient de perdre son père. Il n’arrive pas à écrire ce qu’il ressent, comme lui demande Mme Molloy, mais l’histoire du Sauvage, il a vraiment envie de l’écrire, l’histoire d’un garçon vraiment cruel et méchant, qui tue même des gens, un gars pas comme les autres, pas comme lui. Lui, il se laisse traiter de Face de Rat ou de Tronche de Clebs par Hopper, le sadique Hopper.

Alors dans son histoire, Blue Baker règle son compte à Hopper grâce au Sauvage qui lui fait son affaire : « je trouvais génial de penser que s’il y avait réellement un enfant sauvage dans le monde, il m’aiderait à régler son compte à Hopper. »

Dans ce conte, le jeune garçon parvient à vaincre sa peine par l’écriture. Il devient plus grand et plus fort grâce à la fiction qui peu à peu se mêle à la réalité.

On le voit dans le graphisme, il ne s’agit pas d’une belle histoire bien lisse de rédemption par l’écriture. Pour arriver à tenir tête à Hopper, et pour maîtriser sa peine, Blue Baker va devoir faire appel à ce qu’il a de plus profond en lui, ce qui est primaire ou primal, ses instincts, ses peurs, ses violences. Extérioriser tout ça, parler, crier, détruire, parce que ça fait partie de lui comme la mort et la peine. Le dessin de Dave McKean illustre très bien le subconscient violent de Blue Baker, tout ce que le texte de David Almond suggère très bien. La mère et la soeur de Blue sont la réalité tranquille et rassurante, alors que sous cette surface, s’agitent et grouillent toutes les pulsions du jeune garçon qui ne peut pas les écrire comme Mme Molloy le lui demande, il doit passer par la fiction.

Ce beau livre est une réussite en tout point, texte et illustrations et comme tel, il pourra être lu par les jeunes enfants et plus encore apprécié par des lecteurs bien plus âgés. C’est beau, intelligent et très fort. C’est un petit livre qui dit beaucoup et pour longtemps.

 

Le Sauvage

David Almond illustré par Dave McKean
Gallimard Jeunesse, janvier 2010
78 pages, 13 €

The Savage, parution originale : 2008







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