L'affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe

Voici un roman dans lequel on a du mal à s’installer confortablement. D’abord parce qu’il nous plonge dans la France de la Collaboration et pas du côté de ces braves et courageux résistants. Nous sommes dans les rangs de la police française, si prompte à aider les Allemands. Ensuite parce que le flic choisi n’a vraiment pas grand-chose pour lui. Léon Sadorski, inspecteur général adjoint des Renseignements Généraux est un fonctionnaire zélé au service de l’occupant : il traque avec enthousiasme les Juifs et les communistes pour les envoyer à Drancy. Il est l’émanation littéraire de Louis Sadovsky, véritable brigadier-chef des Renseignements Généraux soupçonné par la Gestapo d’avoir fait partie d’un réseau d’espionnage.

L’affaire Léon Sadorski, premier volume d’une série, frappe par l’extrême précision des faits et des lieux. Tout est minutieusement décrit à Paris, à Berlin, dans les bureaux des services de police. Ces descriptions se font souvent au détriment de l’intrigue qui peine à s’installer. Plutôt qu’un roman policier, il s’agit d’une tranche de vie d’un flic pleinement collabo et pétainiste dans la France de 1942. Ceux qui attendent un roman au suspens insoutenable en seront pour leurs frais. Il y a bien une intrigue autour d’une jeune femme, à la cuisse légère et germanophile semble-t-il, retrouvée assassinée, mais elle est vraiment secondaire. D’ailleurs, quand arrive le moment de résoudre cette intrigue, on peut facilement se perdre parmi les très nombreux protagonistes, les espionnés et les espionneurs, les vrais communistes et les faux collabos.

On pourra ne pas avoir envie de passer 500 pages avec un type comme Sadorski. Même doté d’un traumatisme en bonne et due forme (durant la débâcle de juin 40), il reste un salaud d’autant plus dangereux et pervers qu’il est intelligent. On peut aussi être rebuté par certaines scènes de tortures trop réalistes.

Mais je recommande ce roman à tous ceux qui apprécient les romans historiques ayant pour cadre la Seconde Guerre mondiale et en particulier l’Occupation. Quel contraste avec Le barman du Ritz de Philippe Colin ! Ici nous entrons dans le détail de la vie parisienne et surtout dans les méandres de personnalités, certes détestables, mais d’un réalisme saisissant. On sait pourquoi on déteste ces flics collabos. On entre dans les relations entre flics français et occupants allemands et ce n’est pas beau à voir. Dire que la majorité de ces gens-là sont restés en place après guerre, c’est effrayant…

Le point commun avec le roman de Philippe Colin est la quasi absence d’intrigue. Romain Slocombe restitue une époque, un lieu, des êtres humains bien mieux que ne le fait Philippe Colin. Il sait rendre sa documentation romanesque. Mais il manque une véritable intrigue, avec des enjeux, des attentes, une tension.

Romain Slocombe choisit la durée et l’étirement d’une histoire qui plonge parfois le lecteur dans l’inaction la plus totale. L’emprisonnement de Sadorski à Berlin par exemple dure selon moi bien trop longtemps. L’épisode revêt un intérêt plus documentaire que romanesque.

La série Léon Sadorski compte à ce jour sept volumes, je pense en poursuivre la découverte.

 

L’affaire Léon Sadorski

Romain Slocombe
Robert Laffont (La Bête noire), 2016
ISBN : 978-2-221-1877-77 – 512 pages – 21 €

 

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