Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

L’enfant qui s’élance vers le ciel sur la couverture du dernier roman de Valentine Goby est pleine de vie. On l’imagine joyeuse, partant confiante à l’assaut de l’avenir. Telle Mathilde, au tout début d’Un paquebot dans les arbres : Paul et Odile ses parents tiennent Le Balto, un café qui fait les beaux jours de La Roche-Guyon. C’est là qu’on se réunit, qu’on fait la fête, que Paul joue de l’harmonica et égaye les soirées de tous. Mais le ciel est lourd, chargé de nuages. Pour Mathilde, ces nuages s’appellent tuberculose.

On est pourtant après-guerre, la France a inventé la Sécurité Sociale, on a des vaccins et l’économie redémarre. Mais tout ça, avantages sociaux compris, c’est pour les autres. Les Blancs ne cotisent pas, ils ne font pas d’économies non plus : parfaites cigales, ils vivent leur bonheur au jour le jour. Quand la maladie s’en mêle, ils deviennent des parias. Il leur faut quitter Le Balto, puis La Roche-Guyon. Ils tentent un autre commerce et même l’élevage de souris, mais rien ne va plus : dettes, faillite et bientôt, Paul et Odile sont tous deux hospitalisés dans un sanatorium. Annie l’aînée se marie, Mathilde et Jacques sont séparés et placés en familles d’accueil.

Mais Mathilde va lutter. A elle seule, elle va tenir la famille, garder la maison malgré les huissiers, ne jamais renoncer. Se battre, c’est toute la jeune vie de Mathilde qui touche le fond de la misère et de la solitude. Et sa détermination force l’admiration.

Ce portrait de femme, Valentine Goby le brosse sans misérabilisme. Son écriture sobre, presque sèche, déjoue le pathos de la situation, se concentrant sur la seule volonté de son héroïne. Alors que ses parents ont choisi l’amour et la joie, elle fait figure de chef de famille, endossant toutes les responsabilités. Ils sont aussi inconséquents qu’elle est rationnelle, bien qu’avide d’amour elle aussi. Ce qui touche chez elle, c’est son immense besoin d’amour et son désir de sauvegarder sa famille, malgré les épreuves et la dispersion.

L’histoire de la famille Blanc rappelle, ou plutôt dévoile, que la révolution sociale et économique des Trente Glorieuses n’a pas été une réalité pour tout le monde. Les « tubards » ont fait partie des laissés-pour-compte, aussi mal vus que jadis les lépreux. On ignorait une telle stigmatisation. Un paquebot dans les arbres combine roman social et portrait de femme. Un petit bout de femme énergique comme les aime Valentine Goby.

J’aurai le plaisir d’animer une rencontre avec Valentine Goby aux Rendez-Vous de l’Histoire de Blois le vendredi 7 octobre sur le thème « La face sombre des Trente Glorieuses ».

 

Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby
Actes Sud, 2016
ISBN : 978-2-330-06648-2 – 266 pages – 19,80 €





30 réponses à « Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby »

    1. Sandrine
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  1. athalie
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