
Est-ce que vous connaissez Stéphane Breitwieser ? Si ce n’est pas le cas, je vous conseille de faire sa connaissance avec Le voleur d’art de Michael Finkel. Ce n’est pas un roman puisque tout est vrai et absolument incroyable.
Stéphane Breitwieser n’a que 25 ans quand il se met à voler dans les musées avec sa compagne du même âge, Anne-Catherine (oui, comme la femme de Philippe Jaenada, c’est perturbant…). Très vite, ça devient une manie incontrôlable, une pulsion. Dans son grand manteau, il cache des toiles, de la vaisselle, des armes, pendant qu’Anne-Catherine surveille. Au besoin, il jette des oeuvres par la fenêtre qu’il sort récupérer ensuite. Son seul outil est un couteau suisse. Breitwieser vole dans les petits musées de province en France, Belgique, Allemagne, Suisse, Autriche… mais pas que. Il n’a pas volé au Louvre mais dans le château de Blois (c’est un musée de province, mais quand même…). Il vole dans les salles des ventes aussi et dans les expositions d’art où les trous du cul de galeristes ne lui répondent même pas quand il demande un prix tant il a l’air d’un péquenot.
Bon, il l’est peut-être… Il ne travaille pas et vit des aides sociales ainsi que du salaire d’aide soignante d’Anne-Catherine. Il n’a aucune culture artistique. Mais dans son grenier, à l’étage de la maison de sa mère, son butin se monte à un milliard cinq, certains estiment même deux milliards. Oui, deux milliards d’euros en moins d’une décennie de vols.
L’audace de Stéphane Breitwieser est complètement ahurissante parce qu’il semble intouchable. Avec son couteau suisse, il vole au nez et à la barbe de vigiles, même quand il y a des caméras de surveillance. Il vole plusieurs objets au cours d’une même visite et revient plusieurs fois de suite dans un musée où il a volé pour voler encore. Il dévisse jusqu’à trente vis pour s’emparer d’un plat. On tremble franchement pour lui, on a envie de lui dire « Non Stéphane, ne fais pas ça ! », mais il le fait quand même. Il vole à l’impulsion, sans préméditation, parce qu’au détour d’une salle, il tombe sous le charme d’une œuvre et la veut pour lui.
Bien sûr voler, c’est mal. Mais comment ne pas admirer au moins un peu ce jeune homme dévoré par sa passion pour l’art qui vole sans la moindre violence et fait de son taudis un inestimable musée ? Car il ne cherche pas à gagner de l’argent en revendant les objets d’art, il garde tout. Avec ça il aime sa chérie qu’il cherchera toujours à innocenter et c’est un bon fils.
Le lecteur sait qu’il finit par se faire attraper mais veut savoir comment et ce qu’il advient de son fantastique butin. Et il n’est pas déçu. Michael Finkel est un as de la non-fiction narrative. Il choisit un personnage hors norme qu’un romancier n’oserait pas imaginer tant il est incroyable. Il n’a pourtant aucun charisme, aucune classe. À la fin du récit, il est juste minable en kleptomane (on est loin d’Arsène Lupin).
Michael Finkel construit son récit comme une enquête avec suspens, rebondissements et surtout beaucoup de tension dramatique. Dans le dernier chapitre, il explique comment il a obtenu tous les renseignements nécessaires à son enquête.
Le voleur d’art. Une histoire d’amour et de crimes
Michael Finkel traduit de l’anglais (américain) par Julie Sibony
Marchialy, 2024
ISBN : 978-23-81340-55-5 – 350 pages – 22 €
The Art Thief : A True Story of Love, Crime, and a Dangerous Obsession, parution originale : 2023
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