Partager la publication « Le double corps du roi d’Ugo Bellagamba & Thomas Day »

Le général Absû Déléthérion prend le pouvoir par la force. Soutenu par le clergé et une partie de l’aristocratie, il assassine Yskander, le vieux roi. Puis il s’installe sur le trône comme régent. Afin d’asseoir sa légitimité, il va devoir mettre la main sur l’Hérakléion, l’armure de quartz jadis forgée par Héphaïstos. Sans cette armure magique, le régent n’est rien. Car elle est le double corps du roi, le « symbole de la transcendance du pouvoir politique qui préside à l’organisation sociale des hommes et fait écho à l’intemporelle harmonie de la Nature ».
Mais Egée Seisachtéion, fidèle à la mémoire du vieux roi dont il fut le poète et le confident, s’est emparé de l’armure pour la cacher sur l’île de la Canopée, là où vit la fille illégitime d’Yskander. Sur cette île sauvage et dangereuse, les peuples divisés vivent selon des rites anciens et les lois d’une nature hostile mais respectée. Là, peut-être, se trouve l’Elu, celui qui inaugurera une ère de paix et d’harmonie en revêtant l’armure. Mais pour retrouver ce symbole de la légitimité royale et servir ses ambitions, Absû Déléthérion prépare la guerre.
Voici un livre extrêmement riche, tant au niveau de l’action que des enjeux. L’intrigue politique sous-tend le roman du début à la fin : peut-on légitimer un coup d’Etat ? La personne royale seule suffit-elle à incarner le pouvoir ou celui-ci a-t-il besoin d’une quelconque transcendance ? Certaines thèses historiques ardues, énoncées en son temps par Kantorowicz, trouvent ici une illustration originale, dans un monde imaginaire qui ne l’est pas moins.
D’un côté, la civilisation de Déméter, anémiée par des siècles de corruption et fissurée par les intrigues de cour. De l’autre la Nature sauvage et hostile de la Canopée, terre de rêves et d’espoir. L’opposition traditionnelle entre un monde décadent et une civilisation jeune et archaïque n’est pas neuve, mais le problème de la transcendance du pouvoir donne une profondeur nouvelle à ce schéma classique. Les intrigues entre clergé et aristocratie sont habilement mises en scène et la cruauté du Régent fait frémir le lecteur. Tout comme les créatures mystérieuses et sanguinaires de la Sylve Profonde canopéenne. A lire donc.
Thomas Day sur Tête de lecture
Le double corps du roi
Ugo Bellagamba & Thomas Day
Mnémos (Icares), 2003
306 pages, 23€