
Pug a treize ans ; il s’imagine soldat, homme d’armes aux côtés de son ami Tomas. Mais quand arrive le jour du choix, c’est par Kulgan le mage qu’il est appelé. Il devient donc son apprenti, mais ne comble pas les attentes de son maître : il n’assimile pas aussi facilement que Kulgan l’aurait cru les principes élémentaires de la magie. C’est cependant grâce à la magie qu’il sauve la princesse Carline, fille unique du duc Borric, d’une mort certaine. Il est anobli pour ça et fréquente de plus en plus la cour ducale.
Pug et Tomas aperçoivent un jour les restes d’un bateau échoué sur la côte : c’est le premier signe d’une terrible invasion venue d’ailleurs. Des êtres inconnus et innombrables, les Tsuranis, envahissent peu à peu Midkemia. C’est le début d’une longue guerre durant laquelle Pug va peu à peu renoncer à ses rêves et Tomas revêtir l’armure blanche et dorée que lui a confiée le dernier des dragons avant de mourir.
Ceux qui ont aimé L’assassin royal de Robin Hobb apprécieront certainement ce cycle de fantasy. On y trouve un jeune garçon d’origine inconnue qui entre au service d’un maître, doit apprendre à maîtriser ses dons, faire son éducation et lutter contre une invasion venue de la mer. Feist raconte avec aisance les aventures de ce jeune garçon parti de rien, depuis ses 13 ans jusque… (6 tomes parus à ce jour).
Quelques bémols cependant. Là où Robin Hobb savait tisser des intrigues de cour et peindre des personnages complexes, on se trouve devant une cour où tout le monde est beau et bon : le duc et ses fils sont justes et généreux, la princesse amoureuse, les serviteurs loyaux. Pug est d’une rectitude sans faille et d’un courage exemplaire. Tous ces personnages manquent de faiblesse humaine et d’envergure. Le texte lui n’en manque pas, en abuse même, et l’on aurait facilement pu en retrancher une cinquantaine de pages. Quand le duc Borric quitte sa ville pour chercher de l’aide auprès d’un improbable roi, le récit s’étire de façon un peu artificielle et l’on abrégerait volontiers les longues semaines passées dans la neige et les hésitations tactiques. Il est aussi regrettable que Pug disparaisse après deux tiers du roman, sans que le lecteur sache ce qu’il advient de lui. Mais les tomes suivants nous le diront sans doute…
Ce premier tome annonce un cycle intéressant, quoique traditionnel. Feist prend plaisir à animer de nombreux personnages et à rendre attachants ses jeunes héros. Il entraînera les jeunes lecteurs à partir de 13 ans, et les autres, dans un monde cohérent où vivent hommes, nains, elfes et dragons.
Raymond Feist sur Tête de lecture
Les Chroniques de Krondor – 1 : Pug, l’apprenti
Raymond Elias Feist, traduit de l’anglais (américain) par Antoine Ribes
J’ai Lu (Fantasy) n°5823, février 2001
510 pages, 8€
Parution originale : 1982