
Voici regroupées ici quelques nouvelles de Pierre Pelot, qui nous a plutôt habitués à des romans. Saluons donc l’heureuse initiative qui nous permet d’apprécier ces petits textes dont certains sont d’une cruelle beauté. Pierre Pelot n’a pas son pareil pour créer des mondes noirs et hostiles où l’être humain ne conserve plus beaucoup de ce qui fait son identité.
« L’assassin de Dieu » est significatif de cette ambiance apocalyptique. Des hommes et des femmes, « la lie de Partout« , vivent comme des bêtes dans une vallée de fin du monde, puante et grouillante ; ils voient un jour surgir un homme, un guerrier portant hache et sachant tout, à la recherche de « l’épave errante du monde des Morts » et le pays de Dieu.
Les trois êtres humains de « Numéro sans filet » sont quant à eux les derniers représentants de leur race, après que leurs semblables se sont peu à peu exterminés. Ils sont montrés dans un cirque et en proie à la haine des autres races. Méritent-ils de survivre ?
On retrouve cette atmosphère de fin des temps, ou de fin de civilisation dans « Pionniers » où les quelques quinze milliards d’humains que compte la Terre partent coloniser une planète paradisiaque, tandis que deux réfractaires décident de rester explorer le plancher des vaches abandonné et enfin silencieux, qui s’offre à eux.
Les hommes, cependant, ne survivront pas aux Soldats de « Je suis la guerre ».
On comprend à travers ces textes que pour Pierre Pelot, l’homme n’a de cesse d’oeuvrer à sa propre destruction et à son asservissement psychologique grâce à des idéologies telles que le totalitarisme, l’expansionnisme, la colonisation. Le constat est amer et quasi irréversible ; il est aussi superbement dressé par un écrivain aussi sombrement brillant que pessimiste.
Notons que près de cinquante pages sont consacrées à une bibliographie classée et commentée de Pierre Pelot jusqu’en 1997 : colossal travail dû à Raymond Perrin.
Pierre Pelot sur Tête de lecture
L’assassin de Dieu
Pierre Pelot
Encrages (Lettres-SF), octobre 1998
180 pages, 75F