La lune n'est pas pour nous de Johan Héliot

Cinquante ans après La Lune seule le sait, un Etat libre et autonome s’est installé sur la Lune, avec l’aide de la technologie ishkiss. Les cerveaux des Grands Anciens (Victor Hugo, Jules Verne) sont conservés et consultés pour que tous vivent en harmonie, dans le respect mutuel et le travail accepté. Mais cette utopie sélénite ne plaît pas à tout le monde. Sur Terre, les Allemands vainqueurs de la Guerre Totale fomentent des plans pour se débarrasser de ce bastion d’insoumis. Ils sont aidés, en France par quelques gouvernants et gros bonnets de sinistre mémoire. Certains pourtant guettent dans l’ombre et luttent pour faire échouer les plans allemands d’extermination totale des Sélénites et de leurs alliés extraterrestres : Léo Malet et Albert Londres prennent tous les risques pour vaincre la barbarie nazie. Ils sont les héros de La lune n’est pas pour nous.

L’uchronie historico-littéraire qu’était La Lune seule le sait a beaucoup plu et l’on attendait avec impatience de connaître le destin de ces hommes et femmes idéalistes et libertaires partis vivre le grand rêve utopiste sur la Lune. Puisqu’il s’agit donc d’une suite, le charme de la découverte ne marche plus, mais là n’est pas la seule déception. Il semble que l’auteur ait dû se forcer à inventer, à partir de la réalité historique de la seconde guerre mondiale, certaines situations qui sonnent faux. Les plaisanteries par exemple, échangées entre de très célèbres acteurs français de l’époque sont forcées. Et comme l’action s’étire un peu trop dans le temps, le roman nous semble bien moins convaincant que le premier tome.

Pourtant, les personnages sont globalement réussis, comme Léo Malet en cambrioleur à la petite semaine dont la gouaille rappelle certains vieux films français en noir et blanc, et surtout le commissaire Jaume, intensément humain et perfectible. Alors on est un peu déçue par une certaine intention moralisatrice, une volonté de transposer l’horreur de la solution finale des Juifs aux Ishkiss, parce que sur la Lune comme sur la Terre, ma bonne dame, il faut toujours un exutoire à la barbarie humaine. Bien sûr, l’histoire est le matériau même de l’uchronie, mais ici, la démonstration manque de finesse et de nuances, et c’est bien dommage car on aime beaucoup Johan Heliot…

Johan Heliot sur Tête de lecture

 

La lune n’est pas pour nous

Johan Heliot
Mnémos (Icares), mars 2004
311 pages, 18€





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