La fantasy de Jacques Baudou

En commençant ce livre par la dernière page, celle de la bibliographie, on comprend qu’il comble un vide : il n’existe pas aujourd’hui en français de livres disponibles abordant de façon didactique la littérature de fantasy. Incroyable si l’on pense que c’est un secteur éditorial en pleine expansion qui compte beaucoup plus de lecteurs que la science-fiction.

Jacques Baudou, critique au Monde des Livres, s’est attelé à la tache pour la collection « Que sais-je ? ». Le résultat est sans ambiguïté : chers collègues bibliothécaires qui ne connaissez rien, ou à peu près, à la fantasy, achetez- ce livre les yeux fermés, mais ouvrez-les pour le lire !

L’historique dresse un bilan des principales sources (mythologie, contes, corpus médiéval…) puis de l’état du genre avant et après Tolkien. En spécialiste, Jacques Baudou aborde entre autres la fantasy française qu’il affectionne, ainsi que les différentes réalisations sur écran (cinéma, TV, ordinateurs). Il explicite clairement les différences entre les genres et recense les chefs de file des différentes tendances.

Nous mettrons un bémol à notre enthousiasme concernant le chapitre sur la fantasy pour la jeunesse qui est expédié en trois pages (quand on pense à l’immense production !) dont une et demi pour Rowling et Pullman. Avec un peu moins de pages sur la fantasy à la télévision américaine, il aurait été possible d’accorder plus qu’une simple citation à des auteurs comme Chris Wooding, Jonathan Stroud ou Hervé Jubert (il n’est très malheureusement pas fait allusion à Lian Hearn) dont les univers sont franchement originaux et réussis.

L’état actuel de la production amène Jacques Baudou à conclure, très paradoxalement, que ce genre où l’imaginaire devrait être roi, souffre d’un incroyable conformisme et d’un manque aigu de renouvellement : les mêmes thèmes, les mêmes quêtes, les mêmes personnages se retrouvent d’un cycle à l’autre, parvenant à lasser le plus impénitent des lecteurs (et aussi les critiques !).

Pour Jacques Baudou, il n’y a que dans les marges que le genre parvient actuellement à se renouveler. Gaiman, Holdstock, Crowley, Beagle : ces  » francs-tireurs  » excentriques dépassent les règles, ignorent les codes et font œuvre originale. Pourtant, comme le reconnaît l’auteur lui-même, Robin Hobb est là pour nous rappeler qu’on peut encore faire de bonnes soupes dans de vieux pots…

 

La fantasy

Jacques Baudou
Presses Universitaires de France (Que sais-je ? n°3744), mai 2005
127 pages, 8€







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