
Sire Shigeru est mort et le sort s’acharne sur Takeo renié par son clan, poursuivi par Araï, le chef de guerre qui veut sa mort. Il n’a plus que son amour pour Kaede, qu’il a épousée à la fin du second tome. Tous deux décident de se rendre sur les terres de la jeune femme afin d’y affermir son autorité. Mais Takeo doit organiser la résistance et se défendre inlassablement contre les attaques de la Tribu qu’il a désertée et qui veut aujourd’hui sa mort. Bousculant tous les codes, Takeo se marie sans l’autorisation des seigneurs de la guerre, s’allie à des parias et communique avec des membres de la secte des Invisibles. Les deux jeunes époux seront plus que jamais victimes de leur témérité et du non respect des traditions de leur caste dont l’emprise est plus que jamais sensible grâce à la grande qualité d’écriture de Lian Hearn.
Certaines scènes sont à la fois extrêmement cruelles et émouvantes, comme celle où Takeo doit tuer son allié Jo-An, paria de cette société mais d’une dévotion sans borne.
Ce dernier tome signe en filigrane la fin d’une société : les cruelles traditions d’honneur sont ébranlées par la fidélité et l’amour ; une religion nouvelle, celle des Invisibles, prônant la non violence et l’amour du prochain s’installe ; de nouvelles techniques de combat, comme les armes à feu, tout à fait en contradiction avec le code des guerriers, font leur apparition ; la Terre tremble, renversant violemment et définitivement les tyrans.
Après deux premiers tomes quasi parfaits, on attend bien sûr le dernier avec impatience afin de savoir comment cette histoire d’amour et de fureur va s’achever, comment tous ces destins et intérêts vont se combiner. Je ne cacherai donc pas que je suis extrêmement déçue par la fin, beaucoup trop facile au regard de la complexité de tout le récit. L’auteur s’en sort part une pirouette indigne du reste qui règle le sort de chacun au moment des affrontements finaux. On se sent floué par ce tour de passe-passe, comme un coup de baguette magique narratif. Cette fin n’enlève rien à la densité narrative de la trilogie et à la virtuosité de l’auteur tout au long de ces trois tomes mais le dénouement n’est pas du tout à la hauteur du reste. Arrêtez-vous donc à la page 336, tout est bien qui finit bien (dommage?).
Lian Hearn sur Tête de lecture
Le Clan des Otori – 3 : la clarté de la lune
Lian Hearn traduite de l’anglais par Philippe Giraudon
Gallimard Jeunesse, août 2004
381 pages, 18€