Les diables blancs de Paul McAuley

Après avoir subi le sida, l’Afrique a succombé sous l’assaut de la grippe noire et de la maladie plastique. Les charniers anonymes se sont multipliés. Au Congo vert, l’armée a pris officiellement le pouvoir, mais c’est en réalité la transnationale Obligate qui contrôle tout le pays. La mission de Nicholas Hyde est d’identifier les cadavres. Lui et son équipe sont appelés sur les lieux d’un massacre récent.

Ils comprennent vite que les victimes n’ont pas été tuées par des êtres humains ni par des bêtes sauvages. Quand ils voient apparaître les diables blancs, ils ne savent toujours pas à quelle catégorie les rattacher : grands singes caparaçonnés, dotés de dents de sabre, ces monstres massacrent les compagnons de Nick qui parvient à s’échapper. Il n’aura dès lors de cesse de découvrir la véritable identité des diables blancs. Son chemin croisera celui d’Elspeth Faber, fille d’un savant à moitié fou qui vit sur son île en compagnie de grands singes, les Aimables, au comportement étrangement humain. Il rencontrera également Teryl Meade, biologiste haut placée chez Obligate qui a jadis collaboré aux manipulations génétiques du professeur Faber.

Il ne manque rien à cette intrigue pour faire de ce roman un très bon livre d’action : héros honnête en quête d’identité, femmes intelligentes (l’une gentille métisse, l’autre méchante chercheuse), massacres sanglants, tueur fou, manipulations génétiques sur cobayes humains et suspense bien entretenu. Ingrédients de base bien maîtrisés. Mais un point le distingue et en fait un texte de science-fiction original et surtout réussi : l’Afrique. Les terres, saccagées ou détruites sont incultivables pour la plupart. Suite aux diverses épidémies, plus de la moitié de la population a disparu. Ceux qui restent sont, soit puissants et corrompus jusqu’à l’os, soit misérables et prêts à tout pour survivre. Les petits despotes locaux ont pris le pouvoir et font régner la terreur par la haine et la violence, mais ce sont en fait les multinationales qui dirigent. Sous couvert de missions charitables, de mesures d’hygiène, d’écologie et de démocratisation, elles embrigadent les populations, créant des dépendances qui font taire toutes velléités de rebellion. Ceux qui tentent de s’y opposer sont forcément balayés.

L’Afrique est devenue un repaire de hors-la-loi, un vaste laboratoire où il est si facile de se cacher pour mener à bien les recherches défendues partout ailleurs dans le monde car elles menacent l’intégrité de l’Homme. Le portrait que nous brosse McAuley de l’Afrique fait frémir tant il est réaliste. L’anticipation politique semble si inéluctable qu’elle crédibilise les tentatives génétiques des quelques savants fous de ce roman extrêmement habile. Quelques bizarreries syntaxiques (phrases bancales) et une couverture hideuse ne doivent pas vous faire passer à côté. A ne pas manquer.

Paul McAuley sur Tête de lecture

 

Les diables blancs

Paul McAuley traduit de l’anglais par Bernard Sigaud
Robert Laffont (Ailleurs & Demain), septembre 2005
573 pages, 22€

White Devils, parution originale : 2004







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