Le treizième coup de minuit de Suso de Toro

Saint-Jacques de Compostelle de nos jours… Une force maléfique plane sur la ville de l’apôtre et des destins se croisent, improbables. D’abord Jacob Casavella, jeune producteur de cinéma et télévision, dynamique, ambitieux et longues dents. Sauf qu’il est né le jour des morts, au moment où la Berenguala sonnait son maudit treizième coup, dit-on. Au même moment, mourait le frère de Miguel Ramirez, jadis membre de la confrérie du Saint-Sépulcre et un des narrateurs de cette histoire. Et puis il y a Célia, écrivain, qui souhaite rencontrer Jacob pour discuter du scénario qu’elle lui a envoyé. Mais Jacob ne veut pas la voir car il se sent harcelé par une présence invisible qui l’obsède. Elle insiste, le suit… et rencontre Ramirez qui lui aussi suit Jacob mais pour une toute autre raison : le jeune producteur a déposé sa candidature au poste de gardien des clés de la confrérie et s’il est élu, c’en sera finit de la confrérie, voire même de Compostelle. Mais voilà, Jacob n’a pas posé sa candidature, on l’y a forcé et il perd peu à peu tout moyen de contrôler son destin.

Ce polar fantastique à l’intrigue compliquée ne se laisse pas pénétrer facilement. Il y a plusieurs niveaux de narration qui se croisent mais dont aucun ne donne vraiment de moyen de comprendre l’intrigue (ce n’est qu’à la toute fin qu’est racontée le malheur qui est à l’origine de la légende). Chaque personnage a un point de vue et un petit bout de l’histoire, au lecteur d’assembler le puzzle. Le plus savoureux des personnages est sans doute Ramirez, narrateur à la première personne, qui écrit une longue lettre à ses confrères du Saint-Sépulcre qui viennent de l’exclure. Il se justifie donc tout au long de son texte pour expliquer le bien fondé de ses démarches. De digressions en digressions, il stigmatise la société espagnole, qui bien sûr, n’est plus ce qu’elle était, car on ne respecte plus rien, on ne croit plus en rien, et l’Eglise qui se modernise, et mes courbatures et regardez-moi tous ces vauriens dans les rues…

Le lecteur n’a qu’une envie, celle de savoir ce que Ramirez a vu et découvert en suivant Célia et Jacob, mais lui vitupère encore et encore, c’est un procédé narratif efficace et maîtrisé. Si vous êtes assez patient pour supporter les jérémiades, vous traînerez avec plaisir et intérêt dans les rues de Compostelle, jusqu’à la découverte du terrible secret de la basilique qui pour être fantastique n’en est pas pour autant très original. Le flot des thrillers mystico-ésothériques est loin de se tarir, vous passerez un bon moment avec cette version espagnole grâce à la verve de Ramirez et à la construction narrative dynamique.

 

Le treizième coup de minuit

Suso de Toro traduit de l’espagnol par Anne Bragance
Editions Jacqueline Chambon, février 2006
331 pages, 20€

Trece badaladas, parution originale : 2002







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