
Le Dracula de Bram Stoker a eu un père et une mère : Vlad Tepès et Erzsébet Bathory, autrement surnommée la comtesse sanglante. Ce livre nous raconte sa vie, moins comme un roman que comme une biographie : ses ancêtres, son pays, son époque, les alliances et coutumes de son clan. Et bien sûr ses vilaines habitudes qui l’ont rendue célèbre, accentuées après la mort de son mari : torturer de jeunes servantes, se baigner dans leur sang pour rester éternellement jeune et belle. Car elle était belle, puissante et riche, appartenant à l’une des plus grandes familles de Hongrie. Alors le silence s’est fait autour de ses méfaits, si ce n’est les cris de souffrance des jeunes filles jaillissant de quelque château transylvanien…
C’est glauque à souhait, inquiétant : une plongée dans le délire d’un être malade. J’aurais pour ma part préféré un roman, une plume capable d’insinuer une ambiance malsaine, de tisser des scènes terribles à partir d’une réalité lointaine. Alors que l’on a plus ici à faire à un documentaire, une biographie sèche qui ne sait pas transformer une réalité effrayante en sombre cauchemar littéraire. L’imagination n’a finalement pas droit de cité, c’est dommage, d’autant plus que cette comtesse sanglante a peu inspiré les écrivains, on se demande pourquoi. Il n’en reste pas moins que l’on apprend beaucoup sur le personnage historique, grande dame du XVIème siècle, dans ce livre qui est finalement un condensé de sources anciennes inaccessibles.
La comtesse sanglante
Valentine Penrose
Gallimard (L’Imaginaire), 1984
243 pages