Le travail du Furet de Jean-Pierre Andrevon

Borsalino, imper, magnum : le Furet est un tueur, avec la gueule de l’emploi. Froid, méticuleux, stoïque, le travail du Furet est efficace et radical. C’est un bon fonctionnaire. Car il est officiellement payé pour tuer une partie de la population, celle tirée au sort par le Grand Ordinateur qui contrôle la densité de population. Mais pas trop d’hommes sinon le système explose ! Alors tout un chacun sait qu’il peut disparaître du jour au lendemain pour lisser les statistiques démographiques. Un jour, un Furet débarque chez vous. Il vous vise, vous saigne ou vous enflamme et tout est fini sans qu’il y ait contestation possible. Tueur officiel ça s’appelle, et le narrateur s’en contente fort bien, faut bien manger…

Mais voilà qu’un jour, c’est à sa Dulcinée qu’on s’en prend et alors il réagit enfin. Truqué le système ? Il semblerait en effet que tous les citoyens ne soient pas égaux devant le hasard. Il y aurait un lien entre les individus déclarés malades par les cabines de santé, et les listes quotidiennes de cibles à abattre.

Andrevon ne fait encore pas dans la dentelle, campant un personnage froid, inhumain, quasi robotisé par une société qui supporte les mêmes qualificatifs. Une victime du système, certainement, mais une victime consentante. Un antihéros donc, qu’il est finalement difficile de plaindre quand son tour vient d’être le gibier. Incapable de la moindre compassion, il a stérilisé son lecteur qui observe sa chute comme un entomologiste une mouche prise dans une toile. Et Andrevon le pousse au bout de l’abjection. Car il refuse le rachat et donc l’héroïque romanesque pour choisir de continuer dans sa voie de tueur plutôt que d’être victime, et donc moralement sauvé.

Je n’aime pas particulièrement le style d’Andrevon (la logorrhée du Furet me fatigue rapidement). Mais il faut bien dire que la dénonciation n’est pas un vain mot chez lui. État policier, individus surveillés et localisés (au moyen d’une puce implantée dès la naissance), séparation radicale des différentes classes sociales (il pleut continuellement chez les Pauvres), solutions radicalisées des problèmes sociaux (meurtres en série pour éviter la surpopulation due à l’allongement de la durée de vie : quelle ironie !). Espoir, amitié, fraternité sont de vains mots qu’Andrevon a définitivement gommés de son dictionnaire.

Jean-Pierre Andrevon sur Tête de lecture

 

Le travail du Furet

Jean-Pierre Andrevon
Gallimard (Folio SF n°162), janvier 2004
253 pages – 5,40 €







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