Eternity Express de Jean-Michel Truong

Voilà bien longtemps qu’on nous le dit : la population européenne vieillit, trop de vieux, plus assez de jeunes afin de payer leur retraite, leur sécu. Que fait-on ? Eh bien, hasard du calendrier, aujourd’hui 5 juin 2006, lundi de Pentecôte, ex jour férié : on travaille. C’est à dire cautère sur une jambe de bois. Mais Jean-Michel Truong a trouvé une solution bien plus radicale : l’Eternity Express.

Dessinant un scénario catastrophico-réaliste, il imagine notre proche avenir croulant sous le poids des papys boomers. Enthousiasmés par le mirage de l’Eternity rush (vieillesse éternelle sans maux ni dégénérescence), ils se retrouvent sur le carreau une fois la supercherie démasquée. Ils y ont mis leur dernier enthousiasme, leurs économies. Désormais, ils n’ont plus rien mais sont toujours là, à charge de la société. Qu’en faire ? Et si on les envoyaient en Sibérie ? Ils ne gêneront personne là-bas. On va leur promettre de beaux complexes hôteliers avec un pécule chacun, et voilà le premier train parti.

Mais Truong est bien plus machiavélique que ça. A bord du train se trouve un médecin plusieurs fois condamné pour usage vraiment pas honnête de la médecine. Il a en Chine un très cher ami qui lui veut beaucoup de bien, jadis le très respecté (pour ses méthodes expéditives) Monsieur Ho et aujourd’hui devenu président de la première république chinoise. Pour accroître son pouvoir et sa domination, il accepte de

purger ce surplus – vingt-cinq millions, à réviser selon l’évolution des conditions économiques – plutôt que de compromettre le bien-être du plus grand nombre.

Car enfin en Chine, c’est par centaines de millions que l’on compte le nombre de vieillards excédentaires « perdus pour la consommation comme pour la production« .

Au-delà de l’humour très grinçant de cette histoire, Jean-Michel Truong se livre à une analyse sociale et économique très poussée. Il se base d’abord sur la situation économique actuelle (nombre croissant de retraités, baisse de la natalité, engouement pour le jeunisme). Puis sur quelques probabilités crédibles (pilule de jouvence, éveil de la Chine à la consommation et révolte à grande échelle). Il construit ensuite un suspens bien organisé autour de ce train qui file inexorablement vers la Sibérie où se recrée un microcosme social. C’est donc argumenté, efficace et d’un cynisme à toute épreuve.

Lire le début du roman.

Jean-Michel Truong sur Tête de lecture

 

Eternity Express

Jean-Michel Truong
Albin Michel, 2003
299 pages, 19,50 €





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