L'Evangile selon Pilate d'Eric-Emmanuel Schmitt

Après ma lecture il y a quelques années d’Oscar et la dame rose, je m’étais promis de ne plus jamais lire Eric-Emmanuel Schmitt : il y a dans ce livre tout ce que je déteste y trouver, le petit garçon qui va mourir, la gentille grand-mère, le bon dieu… Ça dégouline de bons sentiments, ça fait pleurer dans les chaumières, bref, une horreur. La lecture de L’Evangile selon Pilate fut moins insupportable que celle d’Oscar et la dame rose, soyons honnête. Mais pour l’être tout à fait, il me faut bien dire que je n’ai quand même pas été illuminée par cette lecture, pas plus que par le style de l’auteur, encore une fois.

Le livre se divise en deux parties : dans la première, un certain Yéchoua raconte sa vie de fils de charpentier ; dans la seconde, Pilate, préfet de Judée, écrit des lettres à son frère resté à Rome.

Un brave type ce Yéchoua. Fils de charpentier, il ne se sent aucunement doué pour le métier. Lui ce qu’il aime, c’est écouter les gens, essayer de les réconforter, de les comprendre. Et les gens viennent le voir, l’écoutent, au point même que le rabbin de Nazareth se sent floué : « la religion du coeur contre la religion des textes« , ça ne lui convient pas bien. Petit à petit, les gens le prennent même pour un de ces illuminés qui pullulent dans le désert et se prennent pour le Messie.

Il ne se passait pas six mois sans qu’il en apparaisse. Invariablement, le sauveur arrivait sale, décharné, le ventre creux, le regard fixe et doté d’un bagou à se faire écouter des libellules.

Lui-même n’y croit pas vraiment. Mais quand un certain Yohanân le Plongeur le désigne comme tel, il se dit pourquoi pas… Et puis voilà qu’il guérit des malades, pas tous ceux qu’il croise, mais suffisamment pour se faire une petite réputation. Alors, un miracle en entraînant un autre, il dit que Dieu est en lui et ça ne plait pas en haut-lieu. Lui et sa bande d’illuminés commencent à faire parler d’eux alors le sanhédrin s’agite et décide de l’arrêter.

Et c’est à Pilate qu’échoue la patate chaude dont il se serait bien passé. Il l’aime bien ce Yéchoua, d’autant plus qu’il a guéri sa femme de ses saignements. Mais c’est quand même lui qui doit faire le sale boulot officiel, le condamner. C’est donc à contre-cœur qu’il fait crucifier le magicien de Nazareth, croyant ainsi trouver la tranquillité. Mais bien sûr, ça n’est que le début des ennuis, vu que le corps disparaît. Et surtout il réapparaît, trois jours après, plus vivant que jamais. Sur le moment, c’est pas de bol. Mais ça va quand même lui permettre d’entrer dans l’Histoire par la grande porte…

Certes, c’est l’humanité de Jésus qui domine dans ce texte, ses doutes, ses errements. On sent bien le gars complètement dépassé par les événements et pressé d’en finir. On le sent aussi à l’écoute des autres, en particulier des plus faibles (les pauvres, les malades, les femmes) et des païens car il prétend que tous les hommes sont égaux. Et on se prend à penser quel philosophe épatant il aurait fait s’il s’en était tenu là.

Malheureusement, pour Eric-Emmanuel Schmitt comme pour bien d’autres, cet homme fut le fils de Dieu, ce qui implique des miracles, des croyants et bientôt des textes et une religion. Cet homme qui fut tout amour est à l’origine de la religion la plus meurtrière qui soit à cause d’une prétendue divinité que l’auteur s’applique à démontrer : non, Yéchoua n’était pas qu’à moitié mort quand on l’a descendu de la croix, non, son corps n’a pas été dérobé par ses disciples, non, ce n’est pas son sosie qui est apparu après sa mort. Tout simplement parce que Jésus est vraiment ressuscité, il était mort et il est vivant, ainsi en témoigne Pilate lui-même. Mouais…

Je ne suis pas croyante et pourtant, je trouve que Jésus fut un homme fascinant. Plus encore peut-être les premiers chrétiens qui d’une poignée sont devenus des milliers, puis des millions. Incroyable histoire. Je pensais qu’avec ce livre, Eric-Emmanuel Schmitt nous ferait pénétrer au cœur de ce mystère humain, de cette incroyable alchimie qui fit d’un brave type plus charismatique que les autres, un chef pour lequel des millions de gens sont morts. Mais ce Jésus-là ne m’a pas convertie, ni même convaincue, je n’ai pas lu ses aspirations, juste ses craintes. Quant à Pilate, sa conversion étant courue d’avance. Il ne fait que se débattre dans des problèmes de logique dont sa foi le tirera.

Je crois que ce qui m’a le plus gênée, c’est la façon dont Eric-Emmanuel Schmitt insiste sur la religion de l’amour. Jésus est tout amour, Jésus aime les hommes. Je ne peux pas m’empêcher d’entendre l’auteur dans ses affirmations, même si elles émanent de ses disciples. Or l’auteur sait que ce même Jésus est à l’origine d’une religion cruelle, injuste, sanguinaire et autoritaire. De cette contradiction, il ne dit rien, s’attachant aux quelques années que Jésus a passé sur Terre. Mais que sont ces années à l’aune de siècles de crimes et de souffrances ? Non décidément, cet Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas pour moi…

 

L’Evangile selon Pilate

Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel, 2000 (existe en poche)
ISBN : 978-26226-11674-5 – 334 pages – 19,50 €





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