L'auberge de la Jamaïque de Daphné Du Maurier

L’auberge de la Jamaïque de Daphné Du Maurier n’est pas aussi exotique que son titre pourrait le laisser croire. Il se déroule en Cornouailles, terre de mystère et de vent, oubliée du soleil.

Des vents étranges soufflaient qui semblaient ne venir de nulle part. Ils se glissaient à la surface de l’herbe, et l’herbe frissonnait; ils soufflaient sur les petites flaques de pluie, dans le creux de roches, et les flaques ondulaient. Parfois le vent hurlait et ses clameurs résonnaient dans les crevasses, puis ses gémissements se perdaient de nouveau. Il y avait, sur les rocs, un silence qui appartenait à un autre âge, à un âge révolu, évanoui comme s’il n’avait jamais été, un âge où l’homme n’existait point, où seuls des pieds païens foulaient les collines. Il y avait dans l’air un calme, une paix plus ancienne et plus étrange qui n’était pas la paix de Dieu.

Après la mort de sa mère, Mary Yellan, vingt-trois ans, est pauvre et sans ressources. Elle rejoint donc sa tante qu’elle n’a pas vue depuis très longtemps. Elle a épousé un homme devenu le propriétaire de l’auberge de la Jamaïque du titre. Mary se rend compte dès son arrivée que personne ne s’arrête plus à l’auberge depuis bien longtemps. Et que les habitants colportent les pires histoires sur les activités de son propriétaire.

Car la tante Patience vit dans la crainte de son mari Joss Merlyn. Mary est priée de ne rien voir et de s’enfermer dans sa chambre quand l’agitation règne à La Jamaïque. La jeune fille comprend vite que son oncle se livre à des activités répréhensibles. Mais à l’inverse de sa tante, Mary n’est pas une faible femme. Elle entend donc bien comprendre ce qui se passe certaines nuits et pourquoi son oncle tient une certaine porte fermée à clé.

Suspens, suspens, pour ce roman d’aventure qui a su garder, malgré le temps, un parfum de danger. Ceci certainement grâce à des personnages très bien campés. Au premier rang desquels la jeune Mary, une battante. C’est une femme qui prend en main son destin et ne veut pas qu’on choisisse à sa place.

Elle connut une fois de plus l’humiliation d’être une femme quand, brisée moralement et physiquement, son état fut admis comme une chose naturelle.

Si Mary était un homme, on la traiterait avec rudesse, tout au moins indifférence ; on l’obligerait peut-être à se rendre tout de suite à Bodmin ou à Launceston pour servir de témoin ; elle devrait s’occuper elle-même de son logement et disparaitrait au bout du monde si elle le voulait après avoir répondu à l’interrogatoire
.

Entre la Cornouailles et les personnages de Daphné Du Maurier, l’accord est parfait. Le vent qui souffle sur la lande, le brouillard, les marécages, la pluie incessante… Tout s’harmonise avec la noirceur de la bande d’assassins qui gravitent autour de La Jamaïque. Le procédé n’est certes pas neuf, mais il fonctionne. Il offre une version modernisée du roman gothique anglais, en beaucoup moins ridicule. Un roman d’ambiance donc mais aussi d’aventure, de surcroît terriblement tragique.

Daphné du Maurier sur Tête de lecture

 

L’auberge de la Jamaïque

Daphné Du Maurier traduite de l’anglais par Léo Lack
Librairie Générale Française (Le Livre de poche n°77), 2004
ISBN : 2-253-00687-4 – 317 pages – 5,50 €

Jamaica Inn, parution en Grande-Bretagne : 1936





72 réponses à « L’auberge de la Jamaïque de Daphné Du Maurier »

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