Partager la publication « Gonzo Lubitsch ou l’incroyable odyssée de Nick Harkaway »

J’étais vraiment motivée, vraiment. Et ça partait vraiment bien, vraiment. Mais tant pis, je déclare forfait page 300 (sur 660 écrites en police 6) parce que je ne conçois pas de m’ennuyer en lisant.
Le début était pourtant aussi prometteur que le laissait présager la quatrième de couverture : un monde post-apocalyptique, une bande de types, amis et mercenaires, auxquels on fait appel en dernier recours. Et là, la catastrophe est quasi éminente, la Canalisation Jorgmund est menacée et avec elle, tout ce qui reste de ce qui essaie de survivre. Il est évident qu’on a envie de savoir ce qu’est cette canalisation, pourquoi elle a été construite, comment le monde en est arrivé là, quelles sont les forces en présence et surtout, qu’est-ce exactement que la Société libre de transport des déchets toxiques et des secours aux civils du comté d’Exmoor, dont le narrateur fait partie.
La tonalité est celle de la Compagnie noire, réparties cinglantes, humour viril (en-dessous de la ceinture en général) et amitié indéfectible. Épatant.
Le problème vient du chapitre suivant, et du suivant, et du suivant. Le narrateur y raconte sa vie, comment il a été recueilli par les gentils parents de Gonzo, comment c’était l’école, et puis il apprend le kun-fu auprès d’un maître chinois recherché par des ninjas ; et puis il est adolescent, étudiant, faussement arrêté pour terrorisme, il n’arrive pas ensuite à trouver du travail, et il est finalement recruté par les Forces spéciales où il va peu à peu rencontrer les protagonistes du premier chapitre, qui deviendront donc ses camarades de combat. Mais là, il est déjà trop tard pour moi, j’ai décroché, c’est trop long, beaucoup trop long. A force de digressions, le lecteur se perd et se lasse car on a beau être le fils de John Le Carré, on n’en est pas pour autant Douglas Adams qui lui, savait ce que digressions voulait dire. Pourquoi Nick Harkaway n’a-t-il pas écrit plusieurs romans avec tant de matière, ou alors plusieurs volumes ?
C’est foutraque, oui, c’est drôle, oui, de cet humour de gros balèzes virils auquel j’aurais pu adhérer s’il y avait eu derrière une intrigue, un fil, un lien, enfin une cohérence quelconque. Mais m’enquiller encore quatre cents pages de cette logorrhée-là, non merci.
Gonzo Lubitsch ou l’incroyable odyssée
Nick Harkaway traduit de l’anglais par (la valeureuse) Viviane Mikhamkov
Robert Laffont, octobre 2010
667 pages, 23€