Le premier qui pleure a perdu de Sherman Alexie

Junior n’a rien pour plaire : né avec trop de liquide céphalo-rachidien, trop d’huile de cervelle, il a dû être aspiré, mais en a gardé des séquelles. Quarante-deux dents, un œil myope et l’autre presbyte, maigre à faire peur, il bégaie et zozote. Oui, à la fois. Mais le pire, c’est qu’il est Indien et ça, aucun médecin n’y pourra rien.

Son statut de gogol lui vaut d’être régulièrement tabassé, jusqu’à ce qu’il trouve aide et protection auprès de Rowdy, à peu près aussi taré que lui, mais beaucoup plus costaud. Les deux garçons sont inséparables. Jusqu’au jour où, à quatorze ans, Junior, sur les conseils de son prof de maths blanc, décide de quitter le lycée de la réserve pour celui de la ville voisine, le lycée des Blancs.  Pour Rowdy, c’est une trahison, il ne lui parlera plus jamais. Mais pour Junior, c’est pire qu’une épreuve, c’est une lutte de tous les instants pour laquelle il est bien mal armé.  Que vient faire dans un lycée pour Blancs cet Indien spokane qui a un établissement pour lui et les siens dans la réserve ? Et comment, mais comment faire pour ne pas montrer à tous qu’il est pauvre comme Job, qu’il n’y a parfois rien à manger chez lui ou pas d’essence dans la voiture pour l’emmener au lycée ? Heureusement, Junior, désormais Arnold Spirit de son vrai nom, n’est jamais à cours de ruses et de mensonges pour tromper l’Homme blanc. Il est même possible qu’il attire l’attention de certains éléments féminins autrement qu’en se faisant tabasser.

Après La vie aux trousses, il fallait que je poursuivre ma découverte du réjouissant Sherman Alexie, pourquoi pas avec ce livre, paru en collection jeunesse chez nous et ayant obtenu le National Book Award en 2007… Sherman Alexie y manie plus que jamais l’humour et parvient ainsi à nous faire sourire alors que la situation de Junior est carrément dramatique. Ses parents sont alcooliques, il ne mange pas toujours à sa faim et fait office de souffre-douleur. Il est cependant mû par une lucidité et un optimiste à toute épreuve qui le font avancer dans la vie, en se prenant quelques beignes au passage.

C’est drôle donc, mais aussi terriblement réaliste sur la situation des Indiens dans les réserves. Ils sont pauvres, ravagés par l’alcool, ignorants et sans espoir. No Future pourrait être leur mot d’ordre tant ils n’essaient même pas de s’en sortir. Pour devenir autre chose qu’un ivrogne, Junior doit partir et tirer partie de la société américaine en profitant de ce qu’elle offre aux jeunes Blancs. Le pays a si bien parqué ses Indiens qu’ils ne peuvent que dégénérer et disparaître doucement. L’Indien doit quitter la réserve pour vivre décemment, comme un Blanc. Se faisant il est un petit peu moins Indien et contribue donc aussi à la disparition de son peuple…  C’est l’intégration ou la dégénérescence. Heureusement que Sherman Alexie nous raconte ça sur le monde humoristique, parce que le premier qui pleure a perdu

Sherman Alexie sur Tête de lecture

 

Le premier qui pleure a perdu

Sherman Alexie traduit de l’américain par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel (Wiz), 2008
ISBN : 978-2-226-18017-9 – 280 pages – 13 €

The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian, parution aux Etats-Unis : 2007





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