Le gang de la clef à molette d'Edward Abbey

Un peu de nature sur ce blog, de grands espaces et, disons-le, d’écologie. Mais pas de l’écologie à la petite semaine, avec tri des déchets et autocollant « A bas le nucléaire », non. Avec Le gang de la clef à molette Edward Abbey met en scène des terroristes de l’écologie, ceux que les grands moyens n’effraient pas.

Ils sont quatre dans ce fameux gang, trois hommes et une femme qui se sont rencontrés par hasard. Seldom Smith, trente-cinq ans, organise des descentes de rivière sur le Colorado. Doc Sarvis, la cinquantaine et sa secrétaire-infirmière-chauffeur-maîtresse d’à peine trente ans participent à l’une d’entre elles. George Hayduke, de retour du Vietnam, est un amoureux des grands espaces. Il y a aussi un chien fou qui ne supporte pas l’autorité. Il sera leur moteur, leur lien. Doc Sarvis et Bonnie n’avaient rien fait de pire que d’incendier des panneaux publicitaires au bord des routes. Mais ils vont se transformer en hors-la-loi, maniant armes à feu et explosifs.

Car le visage de l’Amérique change. Même les grands espaces de l’Ouest ne sont plus à l’abri de l’industrialisation, de la technologie à outrance et du profit. Le Colorado ne suit plus son cours millénaire. Nos justiciers ont donc décidé de faire sauter le barrage de Glen Canyon, tout simplement. Ils s’entraînent d’abord, font sauter des ponts, détruisent des clôtures et surtout des engins de chantier. Quelle joie de remplir de sable réservoirs et moteurs ! Une joie presque puérile qui témoigne d’une certaine immaturité.

Car enfin, ces chevaliers de la nature n’hésitent pas à balancer leurs canettes par les fenêtres de leur véhicule. Ils sont contents de se déplacer en voiture, en avion et de consommer les produits fabriqués par l’industrie alimentaire américaine. Ils ne s’éclairent pas à la bougie, ne se déplacent pas à cheval et ne mangent pas les produits de leur ferme. Des contradictions donc, mais aussi des ennemis : ils sont bientôt recherchés et doivent se montrer de plus en plus prudents dans leurs sabotages, le jeu devient dès lors dangereux. C’est drôle, un peu long parfois, et rempli de mauvaise foi.

L’Amérique n’est pas belle vue par le gang de la clé à molette. Les pires je crois que ce sont les Indiens, les mêmes Indiens que ceux de Tony Hillerman, décrits dans des termes qui n’ont rien à voir. Ceux d’Edward Abbey sont sales, fainéants et à moitié dégénérés, c’est à se demander ce qu’il avait contre eux… Gageons qu’en 1975, le discours politiquement correct n’était pas encore de mise. L’attitude du gang est aussi marquée par l’égoïsme, ou au moins un certain individualisme, un désintérêt pour la communauté en dehors de la sienne propre.

Edward Abbey montre donc l’extrémisme, s’en moque sans le condamner pour autant puisqu’il passe par des personnages tout en fêlures, en idéaux brisés. On peut en rire, jusqu’à ce que tout ça tourne bien mal.

Une chronique sur Usbek & Rica

 

Le gang de la clef à molette

Edward Abbey traduit de l’anglais par Pierre Guillaumin
Gallmeister, 2005
ISBN : 978-2-35178-002-2 – 486 pages – 24.50 €

The Monkey Wrench Gang, parution aux États-Unis : 1975





34 réponses à « Le gang de la clef à molette d’Edward Abbey »

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