Bangkok de James Salter

« Un des plus grand écrivain américains du XXe siècle » : formule toute faite pour quatrième de couverture ? Certainement, car à les en croire, il n’y aurait que des génies parmi les écrivains, américains ou pas. Sauf que celui-ci gagnerait aussi l’épithète de méconnu, en tout cas de notre côté de l’Atlantique, certainement en raison de sa discrétion et de son oeuvre peu volumineuse : cinq romans, des nouvelles, des mémoires. Des romans qui firent scandale pourtant, Un sport et un passe-temps en 1967 puis Un bonheur parfait, qui tout deux décrivent le couple sous un angle qu’on a trouvé trop cru, c’est-à-dire trop juste, évidemment.

Bangkok  de James Salter est un recueil de six nouvelles qui traitent aussi du couple, sous un angle plus intime et quotidien que sexuel. Les personnages sont saisis à un moment critique, capable de remettre en cause les années passées, quand il est temps de s’interroger sur la confiance et l’amour qui a été mais est devenu autre chose. Les questions, le ressassement, la rancune, c’est tout ça que Salter met en en scène, bien loin des beaux rêves des premières années. D’un homme qui refuse l’invitation de son ancienne et torride maîtresse pour rester avec sa femme et son enfant ou d’un autre qui aide sa femme très gravement malade à mourir dignement puis s’envoie en l’air avec sa maîtresse un étage au-dessous, lequel est condamnable, lequel connaîtra le bonheur de vivre ? Il y a des renoncements, comme celui du mari qui sur demande de sa femme accepte de mettre un terme à une relation homosexuelle, qui signe la victoire définitive de la société sur le rêve d’amour.

Accommodements raisonnables, mensonges, tolérance, mais aussi souffrance, fantasmes enterrés, plaisirs oubliés, tout ça résonne terriblement de mots justes, à l’image de « ces petits riens qu’on ignore au début, mais qui à la longue vous exaspère ». On croise plusieurs poètes dans ces nouvelles, qui sont comme des révélateurs, des êtres qui permettent la remise en cause, la réflexion sur soi. Comme ces nouvelles.

 

Bangkok

James Salter traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch
Les Deux Terres, 2003
ISBN : 978-2-84893-001-2 – 114 pages – 15 €

Nouvelles parues aux USA entre 1993 et 2003





19 réponses à « Bangkok de James Salter »

  1. droopyvert
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  2. Kathel
    1. Sandrine
  3. mangolilaMango
    1. Sandrine
  4. clara
    1. Sandrine
  5. Malika
    1. Sandrine
  6. Manu
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  7. Thailandee
    1. Sandrine

Laisser un commentaire



Recevez des nouvelles de Tête de lecture par mail