Vivants d'Isaac Marion

On a eu pléthore de romances vampiriques, pourquoi ne pas essayer le filon zombiesque ? Dans sa version masculine de surcroît, ce qui permet un peu moins de nunucherie, c’est salutaire.

R., le héros narrateur de ce roman en un seul volume (autre avantage) est donc un zombie plutôt frais, entendez par là présentable et donc susceptible de ne pas effrayer les jeunes filles bien vivantes. Il n’en dévore pas moins les humains, dont Perry, le petit ami de Julie. Si belle Julie, si vivante, que R. décide de la sauver en la cachant puis en l’aidant à rentrer chez elle, c’est-à-dire dans le stade là où les êtres vivants se sont retranchés. Car il s’est passé quelque chose, une mystérieuse épidémie contraint les morts à ne pas vraiment mourir et à revenir en zombie pour tuer les autres vivants. Une épidémie zombiesque ? Mutation due aux dérèglements planétaires ? Quoi qu’il en soit, l’humanité en pâtit grandement et la catastrophe semble profiter à de néfastes squelettes ambulants.

Mais il semblerait aussi que quelque chose d’anormal arrive à R. après qu’il a dévoré Perry : il voit des épisodes de sa vie et bientôt, le jeune humain lui parle. La mutation serait-elle réversible ? Engendrerait-elle des conséquences encore inconnues ? Ou bien, ou bien… serait-ce l’amouuuuuur qui montrerait à R. le chemin d’une nouvelle humanité ? Car vraiment, pour un zombie, R. est vraiment très propre sur lui, genre fils de bonne famille. Il ne ressemble donc en rien aux affreux cadavres qui d’habitude se jettent sur leurs proies sans la moindre arrière-pensée. Non, l’originalité du livre d’Isaac Marion est de plonger le lecteur dans les pensées d’un zombie, qui pense justement beaucoup.

Quelques scènes bien gore sont assez réjouissantes, avec éclatements de têtes et dégustations de cervelles, mais dans l’ensemble, j’ai regretté le manque d’humour. Il y avait moyen de faire bien plus drôle, mais l’auteur a privilégié la romance, même si par ailleurs, il nous offre quelques réflexions sur le devenir de l’humanité. La question centrale tourne bien sûr autour de la véritable humanité : qui est le plus humain du mort qui aime ou du père qui renie sa fille ?

Au final, ce n’est quand même que quand il bande que R. sait vraiment qu’il est à nouveau sur la voie de l’humanisation… les hommes ne changeront jamais, c’est désespérant…

 

Vivants

Isaac Marion traduit de l’anglais (américain) par Benoît Domis
Bragelonne, novembre 2011
317 pages, 17€

Warm Bodies, parution originale : 2011







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