Blankets de Craig Thompson

Je ne savais rien de Blankets avant de l’ouvrir. J’avais lu des avis et les avais oubliés, tant mieux. Car même s’il n’y a ni suspens ni rebondissements dans ces 580 pages, quel plaisir de les découvrir, de les parcourir sans a priori. Il s’agit d’un récit autobiographique, l’histoire d’une enfance et d’une adolescence dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui (Wisconsin).

Craig est un enfant profondément marqué par la religion et la crainte du péché. Il est introverti, solitaire, souffre-douleur étant petit. Il ne semble pas y avoir de place pour lui dans le monde. C’est avec son jeune frère Phil qu’il partage quelques moments de joie grâce à leur imagination débordante qui leur permet d’inventer des mondes de périls et d’exploits. C’est la foi qui permet à Craig de supporter un monde dans lequel il ne trouve pas sa place. Il croit profondément en Jésus et en son message d’amour et de paix. La communauté qui l’entoure l’imagine très bien pasteur.

Quand il rencontre la jeune Raina à l’occasion d’un camp de vacances alors qu’il est en Terminale, il va devoir mettre à l’épreuve ses convictions. On lui a appris que le corps était source de péché, que la nudité était sale, que les femmes entraînaient les hommes à leur perte. Ses parents acceptent qu’il passe quinze jours chez Raina et sa famille car celle-ci est chrétienne. Les parents de Raina ont adopté deux handicapés devenus grands, dont Raina s’occupe en grande partie. Elle doit aussi prendre en charge le bébé de sa sœur aînée et une bonne part de l’organisation de la maison car ses parents ont décidé de divorcer. Une grande tendresse s’installe entre les deux adolescents durant ces quinze jours, premiers émois amoureux, premières envies, et toujours la culpabilité qui plane. Déjà, la famille de Raina parle mariage alors que les deux jeunes gens ne font que découvrir le sentiment amoureux.

J’ai beaucoup aimé la pudeur et la sensibilité de cette histoire. Les souvenirs d’enfance permettent au lecteur de mieux comprendre Craig, la façon dont s’est construite sa culpabilité et son absence au monde. Il s’interroge sur son rôle ici bas, à quoi peut-il servir lui qui ne sait que dessiner ? Et le dessin, c’est mal puisque dans les écoles d’art on dessine des corps nus… J’ai aussi apprécié que Craig Thompson ne se moque pas de ces gens si proches de l’intégrisme. Il aurait été facile de les caricaturer, de mettre en image leur intransigeance et leur étroitesse d’esprit. Mais on comprend que Thompson respecte les convictions de chacun, de cette communauté dont ses propres parents font partie. De son père, cet homme craint plus qu’aimé, il aurait pu brosser un terrible portrait. Mais il ne condamne ni ne stigmatise. Il fait preuve de la tolérance dont tous ces gens sont dépourvus.

Craig s’ouvre au monde grâce à Raina et au trouble du premier amour. Son éducation rigoriste lui vaut d’être naïf et donc émouvant. On aimerait tous tomber amoureux comme Craig, (re)vivre ces instants d’émotions si pures, si éphémères. Cette histoire n’a rien d’un conte et pourtant elle renvoie à quelques épisodes primordiaux, quelques instants sacrés qui n’arrivent qu’une fois et marquent à jamais. Craig Thompson a su les dessiner, en faire une histoire qui dépasse la sienne propre et touche n’importe quel lecteur.

 

Blankets, manteau de neige

Craig Thompson traduit de l’anglais par Alain David
Casterman (Écritures), 2004
ISBN : 978-2-203-39608-3 600 pages en noir et blanc – 24,75 €

Blankets, parution aux Etats-Unis : 2003





28 responses to “Blankets de Craig Thompson”

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