
Après combien de déceptions faut-il rayer un nom de la liste de ses réalisateurs favoris ? Bon allez, on va dire trois, ça lui laisse encore une chance… Après le tellement mauvais Alice au Pays des merveilles que je n’ai même pas eu envie d’en parler ici, voici Dark Shadows dont je ne saurais dire s’il est pire ou au moins aussi raté. Raté ? Oui, parce que j’y allais pour rigoler, et que je n’ai pas ri une seule fois. Ou alors juste une petite.
J’étais pourtant confiante. Dans ce Dark Shadows, je voyais déjà Sweeney Todd, un des films de ma vie, oui, dans mon panthéon cinématographique. Et ça commence tout pareil ! Avec un navire dans un port brumeux. Sauf que là, on est à Liverpool au XVIIIe siècle et que la famille Collins part faire fortune au Nouveau Monde. La lumière est celle des jours heureux : pastels et bonbons, sourires et beaux costumes (cf. la scène de la plage dans Sweeney Todd) : nous sommes en territoire connu, celle du bonheur familial, primordial et fantasmé.
Les Collins font fortune dans la pêche et le commerce de poisson ; bientôt, une ville porte leur nom. Mais il y a toujours quelqu’un pour envier le bonheur des autres… Angélique (Eva Green) la mal nommée a cédé aux ardeurs ancillaires du jeune maître, Barnabas Collins (Johnny Depp). La naïve jeune fille croyait que c’était pour de vrai. Las, c’est Josette qu’il aime et Angélique décide de se venger. Ce qui ne s’avère pas compliqué puisque c’est une sorcière qui précipite la jeune Josette du haut de la falaise et transforme Barnabas en vampire qu’elle enferme dans un cercueil et enterre pour multiplier ses souffrances.
Voilà pour les dix premières minutes du film. Le reste, c’est le retour en 1972 de Barnabas Collins qui, tel Benjamin Barker, revient fort inopportunément prendre la place qu’on lui a volée. Et voilà le pauvre Johnny Depp maquillé comme une voiture volée et coiffé comme un plouc. Il retrouve sa maison à l’abandon et sa lignée réduite à quelques spécimens en fin de course : Elizabeth Collins (Michèle Pfeiffer) et sa fille adolescente (Chloe Grace Moretz), son frère (Johnny Lee Miller) et le fils de son frère. Barnabas est bien décidé à retrouver et Josette, et sa place dans la société. Ah oui, parce que les Collins viennent d’engager une gouvernante qui est le portrait craché de la suicidée de jadis.
Le problème de ce film, c’est que tout est trop appuyé. Là où Sweeney Todd jouait dans l’humour macabre et implicite, Dark Shadows multiplie scènes à gags et situations horrifiques décalées censées faire rire, les uns jouant sur la parodie de films vampiriques, les autres sur le décalage entre Barnabas qui se croit au XVIIIe siècle, et les années 70. Et trop, c’est trop. Quand est arrivé le loup-garou, j’ai eu envie de fuir !

Paradoxalement, ce qui est réussi, ce sont les détails et les seconds rôles comme Mrs Johnson, la très vieille domestique des Collins, qui apparait de loin en loin, et la toujours excellente Helena Bonham Carter en psy alcoolique. Alice Cooper et Christopher Lee (« king of the fishermen ») ne sont pas mal non plus. Et le clin d’œil final à la mariée des Noces funèbres fait bien plaisir. Mais ne suffisent pas à sauver le film.
Pour être honnête, entendre la voix de Johnny Depp chaude, ronde, grave qui rocaille et roucoule, ça pourrait me suffire à regarder tout un film. Et son froncement de nez… je l’ai attendu longtemps, et il arrive enfin au moment où il plante ses dents dans le cou du docteur Hoffmann. Mis bout à bout, ça doit faire un quart d’heure de film… Et la bande son, oui, elle est épatante, tout en tubes des années 70.
Il manque la poésie, la grâce, l’innocence, l’humour discret qui faisaient le charme des grands films de Tim Burton. Avec un Seth Grahame Smith au scénario, auteur du subtil Orgueil et préjugés et zombies, on ne pouvait pas s’attendre à de la dentelle. Je me souviens pourtant d’un Beetlejuice, lui aussi parodie de films horrifiques, vraiment très réussi.
Dark Shadows de Tim Burton
Avec Johnny Depp, Eva Green, Helena Bonham Carter, Michèle Pfeiffer…
Sortie nationale : 9 mai 2012 – Durée : 1h 50
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