
Barcelone, été 1936. Alors que le pays a vu s’abattre sur lui les rebelles franquistes, la capitale catalane se trouve aussi aux prises avec la terreur anarchiste. Ces républicains extrémistes ont en effet décidé de purger l’Espagne de sa vermine catholique. Ils se livrent à des horreurs sur les membres du clergé régulier et séculier. C’est ce contexte historique extrêmement sombre, qu’on appelle la Terreur rouge, qui sert de cadre à Sebastia Alzamora, pour un roman des plus noirs, Memento mori.
Memento mori s’ouvre sur le texte d’un homme qui écrit : il se prend pour un vampire. Qui est cet homme ? Puis l’intrigue débute par la découverte de deux cadavres. Un jeune garçon et un homme sont retrouvés morts, vidés de leur sang par des plaies au cou. L’homme est un frère mariste, un de ceux réfugiés dans une pension pour échapper aux persécutions. Un juge, un commissaire et un médecin légiste se retrouvent sur les lieux. Aucun n’a idée de ce qui a pu provoquer la mort. On les suit dès lors tous trois.
Le commissaire Muñoz doit travailler avec le département d’enquête. Ce service est chargé de la répression fasciste et donc entre autres de purger la ville de ses religieux. A sa tête, Manuel Escorza, un fou furieux difforme qui pallie son infirmité par l’abus de pouvoir et la violence primaire. Il a décidé d’exterminer les maristes encore présents à Barcelone, cachés. Parce qu’il n’a pas dénoncé leur présence dans son rapport, Muñoz le modéré fait figure de fasciste.
Cependant, Manuel Escorza n’est pas exempt de contradictions puisque sa sœur est la mère supérieure d’un couvent de Capucines. C’est là qu’il va cacher l’évêque de Barcelone qu’il a ordre de conserver, et non pas de tuer, car il pourra servir de monnaie d’échange contre des républicains prisonniers. Cet anarchiste sanguinaire se trouve donc dans l’obligation de protéger l’évêque et les bonnes sœurs. Pour apaiser sa frustration, il décide d’un plan pour tuer les naïfs maristes qui lui accordent leur confiance afin de sortir du pays.
C’est la première fois que je lis un roman sur les violences exercées contre le clergé espagnol au début de la guerre civile espagnole. C’est un épisode atroce, bien peu romanesque et glorieux puisque les républicains y sont les bourreaux. Des hommes et des femmes furent massacrés dans une fureur semblable, selon les historiens, à celle que déchaîna la Révolution française. On comprend très bien dans Memento mori comment de tels actes ont pu avoir lieu. Le pouvoir est alors aux mains d’individus dont certains sont très dangereux. Ils deviennent tout puissants et règlent des comptes personnels, assouvissent des pulsions. Sebastia Alzamora permet au lecteur de pénétrer la folie de certains d’entre eux au plus près. Escorza n’est pas le seul, d’autres laissent libre cours à leur folie, dont le soi-disant vampire.
Les crimes de départ ne sont que prétextes, on ne suit pas d’enquête minutieuse. C’est impossible dans une ville où les cadavres se comptent par dizaines chaque jour. Ce sont les personnages et la ville dont on suit l’évolution, dans une angoisse constante grâce à une intrigue articulée autour du sort des frères maristes et d’une jeune novice poursuivie par les assiduités du répugnant évêque. Hormis une scène finale un peu fantasque qui met en scène un cheval automate, c’est un roman sobre, juste et noir sur la folie des hommes.
Memento mori
Sebastia Alzamora traduit du catalan par Serge Mestre
Actes Sud (Actes Noirs), 2013
ISBN : 978-2-330-01639-5 – 290 pages – 22.50 €
Crim de sang, parution en Espagne : 2012
Laisser un commentaire