
Un biographe, qui pourrait s’appeler Pierre Assouline, effectue des recherches sur un écrivain à succès, Désiré Simon. Il découvre que durant l’Occupation, il fut contraint de prouver ses origines car accusé d’avoir des ancêtres juifs et d’être Juif lui-même. Le biographe se rend aux Archives, muni d’une autorisation spéciale, et cherche à découvrir qui l’a dénoncé et dans quel but.
C’est par hasard qu’il tombe sur une lettre de dénonciation à l’encontre de la famille d’un ami et membre de sa propre belle-famille, François Fechner. Les Fechner sont fourreurs à Paris de père en fils depuis des générations. Mais en 1941, une lettre anonyme dénonça l’activité illégale qu’ils exerçaient encore secrètement, en dépit de l’interdiction. Toute la famille fut arrêtée puis déportée, sauf Henri, alors âgé de vingt-cinq ans, le père de François.
Le biographe qui est aussi le narrateur de cette histoire, devient obsédé par cette dénonciation et ne tarde pas à découvrir l’identité du dénonciateur. De la dénonciatrice en fait, puisqu’il s’agit d’une cliente des Fechner, qui est aussi celle qui tient la boutique de fleurs dans la même rue de la Convention, en face de leur magasin. Le biographe décide de harceler la vieille femme jusqu’à ce qu’elle lui explique son geste : il lui adresse des lettres anonymes, l’appelle la nuit au téléphone, l’interpelle dans le bus en la sommant de s’expliquer.
L’intrigue elle-même n’est pas très surprenante et on devine vite où veut en venir Pierre Assouline. Un roman sur l’Occupation certes, sur ces bons Français qui aidèrent alors l’Etat en toute bonne conscience, mais aussi et peut-être surtout un roman sur le biographe. Celui de Pierre Assouline dans ce roman est poursuivi par sa soif de vérité au point de s’aveugler, c’est rapidement évident. Il fait fi de ses devoirs légaux et obligations morales au nom d’un procès dont il se nomme lui-même juge et censeur. Il condamne sans savoir, traque une quasi inconnue dont il oublie qu’il ne sait rien et qu’elle a aussi droit au respect. Son obsession de comprendre bafoue les droits que cette femme, toute dénonciatrice qu’elle est, a encore. Au nom de sa seule volonté, car la famille Fechner ne lui a rien demandé, il se fait bourreau.
Pierre Assouline signait avec La cliente son premier roman, qui a mes yeux n’a pas la maîtrise et le panache du troublant Double vie, qui m’avait fascinée. Pas d’originalité formelle ni d’audace narrative, l’ensemble est très linéaire et parfois un peu fade. Il accumule les jeux de mots et petites phrases qui brillent certes, mais m’ont semblé clinquantes. En parlant d’un miroitier par exemple : « Il savait se taire, et taire ce qu’il savait. Parfois, il réfléchissait. Le plus souvent, c’était un homme sans tain. »
Au-delà de cette réserve, j’ai apprécié le portrait de la France occupée, même si comme le signale de narrateur en début de roman, c’est toujours la même histoire : la guerre, les Juifs, la mort, qui est responsable ? Mais plus encore, c’est le portrait de l’historien obsédé par son sujet qui m’a intéressée car ici la matière est humaine, vivante. On entre dans les coulisses de la biographie, on en avise les écueils, les excès.
La cliente
Pierre Assouline
Gallimard, 1998
ISBN : 2-07-075278-X – 191 pages – 13.80€
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