Une collection très particulière de Bernard Quiriny

Le narrateur de ce recueil de nouvelles très liées entre elles permet au lecteur d’entrer dans la bibliothèque de Gould, connue des lecteurs de Bernard Quiriny. C’est lui le propriétaire de cette collection très particulière, accessible qu’à de très rares privilégiés, nous sommes donc chanceux. Et doublement puisque Bernard Quiriny nous initie également à d’autres univers improbables comme celui de dix villes, elles aussi très particulières. Il se fait même sociologue en étudiant les conséquences de certains phénomènes propres à « notre époque ».

Quels phénomènes ? Les résurrections en masse par exemple ou la liberté de s’appeler comme on veut. On n’imagine pas le désordre social qui en résulte, passé le premier engouement. Que dire des individus qui vivent tranquillement dans des réalités parallèles et qui finissent par se rencontrer…

Dans l’univers légèrement foutraque de Bernard Quiriny, on ne s’étonnera donc pas de rencontrer des villes improbables. Morno, au Chili se développe de façon symétrique, à l’habitant près, de chaque côté d’une rivière. Toutes les rues, parcs, allées, édifices publics et autres bâtiments d’Albicia en Italie portent le nom de Ricardo Mancian, pourtant inconnu des habitants eux-mêmes. A Goran, en Silésie, on parle trois langues, toutes semblables et dérivées du polonais. Situations absurdes poussées à l’extrême.

Le plus délicieux, pour l’amateur de livres, réside sans doute dans l’inventaire de la bibliothèque de Gould qui recèle des livres extraordinaires. Livres les plus ennuyeux du monde qu’il est impossible de terminer. Livres gigognes qui en contiennent des centaines d’autres. Mais aussi livres qui ne se laissent lire que si le lecteur est correctement habillé. Et livres qui se suicident en disparaissant peu à peu, se châtiant eux-mêmes d’être trop mauvais. L’infatigable Gould parcourt le monde pour sa collection. Il en devient même l’artisan en fabricant par exemple une machine à écrire les chefs d’oeuvre.

Voilà donc un recueil de nouvelles réjouissant du début à la fin, de ce genre de livre qu’on lit sourire aux lèvres. L’amoureux des livres ne pourra que se réjouir de cet inventaire surréaliste qui conjugue onirisme et science-fiction, érudition cocasse et supercherie hilarante. Borges et Vila-Matas, grands maîtres ès genre sont cités et font ici figure d’emblèmes voire de totems. L’imagination débordante de Bernard Quiriny offre des perspectives cocasses au lecteur tout en le jouant lui aussi. Au détour d’une nouvelle, on retrouve un patronyme déjà cité (Renouvier, Zuazo, Mancian…) et on se prend à retourner en arrière, à se sentir manipulé. Et si…

De même qu’il y a sous nos pieds toutes sortes de couches géologiques, des roches et du minerai, il y a sous ce roman des strates invisibles auxquelles on n’accède qu’en creusant .

Bernard Quiriny sur Tête de lecture

 

Une collection très particulière

Bernard Quiriny
Seuil, mars 2012
184 pages, 17€





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