Personnages désespérés de Paula Fox

Otto et Sophie Bentwood vivent dans le Queens. La quarantaine tous les deux, pas dans d’enfant, elle ne travaille pas et lui est avocat. Il vient de se séparer de son collaborateur, ami de vingt ans. A-t-il fait le bon choix ? Il en est certain, comme de tout, mais revient sans cesse sur la question. Sophie s’ennuie passablement. Elle nourrit un chat errant qui un vendredi soir la mord et la griffe. Sa main enfle, elle souffre et passe le week-end à se demander si elle a ou non la rage, si elle va mourir ou devoir supporter un traitement.

Au lieu de voir aussitôt un médecin qui soignerait cette angoisse inutile, elle laisse monter ses craintes : sa main griffée devient le centre de ses pensées, rien ne semble dès lors plus grave que cette blessure bénigne.

Je vois en Sophie le symbole de la bourgeoisie new yorkaise de la fin des années 60. Son univers tourne autour d’elle-même et de diverses considérations sur des amis, des voisins. Sophie et Otto vivent dans la crainte d’être agressés ou pris à partie, la ville autour d’eux est salle, sombre et bruyante. L’environnement est hostile, les amis vains. Ils vivent dans une ville qui semble se désintégrer, entourés de gens effectivement désespérés. Quand ils fuient la ville pour leur maison de campagne, ils la trouvent cambriolée. Les gens du coin ressemblent à des attardés mentaux, ou peu s’en faut.

Paula Fox porte un regard acerbe sur ses personnages. Sans complaisance elle regarde ce couple se défaire, elle transmet au plus juste les dialogues des uns et des autres qui s’accusent de ce qu’ils sont eux-mêmes :

Tu ne survivras pas à ça… à ce qui se passe en ce moment. Les gens comme toi… têtus, stupides, qui ne savent rien faire d’autre que de se regarder tristement le nombril pendant qu’on est en train de saper leurs privilèges.

Et avec ça l’âge qui vient, et un terrible constat : « Elle venait à peine de comprendre que l’on est vieux pendant longtemps ». Cette petite phrase et d’autres défigurent le portrait du couple américain riche et installé. Car madame s’ennuie, monsieur s’aigrit et voilà quinze ans qu’ils se supportent. La sobriété du propos rend l’évolution implacable et lui conserve plus de trente ans après toute sa désolante pertinence.

 

Personnages désespérés

Paula Fox traduite de l’anglais par Marie-Hélène Dumas
Gallimard (Folio n°4657), 2007
ISBN : 978-2-07-034918-0 – 260 pages – 7.50 €

Desperate Characters, parution aux Etats-Unis : 1970





18 réponses à « Personnages désespérés de Paula Fox »

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