
Silhouette de Jean-Claude Mourlevat est un recueil de dix nouvelles, pour la jeunesse ou pas. Aucune ne ressortit aux genres de l’Imaginaire mais toutes sont tellement plaisantes que je me fais un plaisir d’en parler. Encore que « plaisantes » n’est peut-être pas l’adjectif qui convient. Car ces textes sont le plus souvent cruels et sombres, marqués par la tristesse et parfois l’injustice de la vie.
Cruel le sort de Pauline, héroïne de la nouvelle éponyme qui se fait une joie de tourner un tout petit rôle auprès de son acteur favori. Ce n’est qu’en regardant le film, entourée de tous ses amis et de sa famille qu’elle comprendra (et le lecteur avec elle) pourquoi elle a été choisie, et en sera humiliée. Humilié aussi le jeune héros de « Ouessant » qui malgré le savoir-faire de son père n’échappera pas à la vengeance de l’huissier.
Vengeance terrible que celle qui se mange froid dans « Pardon » : M.Duc, condamné par son médecin à mourir dans quelques mois, décide de retrouver des gens qu’il a offensés pendant sa vie pour leur demander pardon. Il n’aurait pas dû. Miss Dykes par contre, n’a pas de scrupules. Elle aide Angélique, l’héroïne de « Love » assistante de français en Angleterre pour une saison, à se débarrasser de son violeur et à l’enterrer dans son jardin.
Jean-Claude Mourlevat met en scène des personnages ordinaires. Ils se changent en quelques phrases en héros de petits drames personnels et intimes. Ils deviennent dès lors importants aux yeux du lecteur qui se sent si ce n’est touché au moins concerné par ces vies minuscules qui tournent au drame. Quasi toutes sont des nouvelles à chute qui ménagent efficacement un certain suspens. La toute dernière met habilement en abyme le recueil tout entier, non sans humour grâce à un personnage d’écrivain. Car malgré la tonalité générale, l’humour n’est pas absent de ces petits tableaux. M. Dieuze finira mal. Et pourtant, l’histoire de cet obsédé de grammaire et en particulier des accords du participe passé fait bien sourire.
On ne ressort pas bien gai de la lecture de ces quelques nouvelles. Mais la technique narrative de Jean-Claude Mourlevat soulève l’enthousiasme. A l’évidence, le format de la nouvelle lui convient parfaitement, il en maîtrise le rythme et la brièveté.
Jean-Claude Mourlevat sur Tête de lecture
Silhouette
Jean-Claude Mourlevat
Gallimard (Scripto), janvier 2013
220 pages, 9€