Une si jolie petite guerre de Marcelino Truong

Les Truong, mère bretonne, père vietnamien, trois enfants, sont installés aux Etats-Unis depuis trois ans. Le père, attaché culturel à l’ambassade du Vietnam à Washington, veut faire connaître sa culture, s’occupe des boursiers vietnamiens aux USA. Il est rappelé à Saigon en 1961 : il servira d’interprète au président du Vietnam du Sud, Diem, quand il reçoit des anglophones, avant d’être nommé directeur de l’agence Vietnam-Press. La mère, très inquiète de la situation politique, prend très mal ce déménagement : elle vit dans la peur.

A l’inverse les enfants sont bien insouciants, eux qui évoluent dans un milieu protégé. Ils ne s’inquiètent pas trop de la guerre qui reste comme un jeu avec des avions qui passent dans le ciel et des comptes rendus dans les journaux.

Ils vivent l’attentat du 27 février 1962 contre le président Diem comme un film d’action, alors qu’il se déroule sous leurs fenêtres. C’est surtout dans les yeux de sa mère que l’enfant perçoit la guerre, car cette Bretonne souffre de maniaco-dépression et ses sautes d’humeur se répercutent sur ses enfants, ses domestiques, son foyer.

Une si jolie petite guerre mêle au plus près la vie du petit Marcelino et la situation politique. On pourrait donc s’inquiéter quant aux connaissances nécessaires pour aborder ce roman graphique. Pour qu’il soit compréhensible par tous, Marcelino Truong suit deux lignes : une biographique qui raconte ses souvenirs, l’autre didactique qui explicite les événements.

La famille Truong arrive à Saigon entre la guerre d’Indochine et les prochaines élections générales qui doivent réunir les deux Vietnam : au nord, un état communiste  dirigé par Hô Chi Minh ; au sud, une république dirigée par le catholique Ngô Dinh Diêm, protégé par les USA. Le territoire est traversé par des mouvements de populations : au nord, les catholiques fuient le régime communiste (exode encouragé par les Américains) tandis qu’au sud, les Viêtminhs (soldats communistes ayant combattu les Français) se regroupent pour partir vers le nord. Certains demeurent cependant et forment le FNL, un mouvement communiste clandestin qui se dit indépendant de Hanoi : il veut chasser  Diem et ses soutiens américains ; les Vietnamiens du Sud les appellent les Viêt-Cong.

Ces explications sont bien sûr fournies par un Marcelino Truong devenu grand car l’enfant n’avait pas conscience de tout ça. Il y a donc une évidente envie d’expliquer une époque et un pays qui nous sont aujourd’hui étrangers. A travers son style si caractéristique, Marcelino Truong met en image une « jolie petite guerre », celle d’un enfant qui ne comprend pas, mais aussi celle bien plus sale qui tue et empoisonne pour longtemps. Il ne dessine cependant pas les morts, la torture et les victimes. Il choisit de ne pas peindre la guerre mais un pays, une époque disparue, une famille déracinée. Son enfance. Avec une immense générosité et beaucoup d’attention aux autres.

 

Une si jolie petite guerre

Marcelino Truong
Denoël (Denoël Graphic), 2012
ISBN : 978-2-207-11178-9 – 269 pages – 24.90 €





16 réponses à « Une si jolie petite guerre de Marcelino Truong »

  1. Alex-Mot-à-Mots
    1. Sandrine
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  2. Olive Ô Saumon
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