A la recherche du Moyen Age de Jacques Le Goff

Avec quelques éminents historiens, tels Lucien Febvre, Marc Bloch, Fernand Braudel ou Georges Duby, Jacques Le Goff a contribué à sortir l’étude du Moyen Age de l’ère du juridique et des chartes, de l’histoire à partir de celle des institutions (héritée du XIXe siècle) et donc des « grands hommes » et des grands événements. Dans A la recherche du Moyen Age, il retrace son parcours personnel de chercheur et parle de son Moyen Age, celui qu’il se plaît à faire connaître, loin des clichés.

Jacques Le Goff entre en Moyen Age à douze ans après la lecture d’Ivanhoé de Walter Scott : nous sommes en 1936. On présentait alors le Moyen Age soit de façon obscurantiste, soit comme la période des troubadours et des cathédrales. Malgré Jacques Le Goff et ses brillants confrères, c’est hélas toujours ainsi que les médias présentent cette période si riche et complexe : les idées reçues ont la vie dure…

Le jeune homme est stimulé par divers professeurs et par ses contacts directs avec le Moyen Age, notamment à travers les manuscrits. Ils sont, parmi d’autres (archéologie, iconographie), la matière première de l’historien, la source. Et sans accès aux sources, point d’historien mais « un historien amateur, un ersatz d’historien« . Son parcours tel qu’il le décrit ici permet de souligner certains changements : quand en 1956 parait son premier ouvrage sur les marchands et les banquiers, les travaux des universitaires commencent à acquérir un nouveau lectorat. Dès lors, l’historien n’écrit plus uniquement pour ses semblables et ses pères mais aussi pour le grand public.

Dans A la recherche du Moyen Age, sont abordés en quelques chapitres les sujets d’études privilégiés de l’historien, traités dans ses ouvrages : les intellectuels, le purgatoire, les villes, saint Louis, saint François d’Assise… Toujours clair et passionnant, Jacques Le Goff résume ici l’invention du terme Moyen Age, l’arbitraire périodisation, la naissance des marchands, l’humanisme médiéval, la prépondérance de l’Eglise… En cinquante ans de recherche, la connaissance du Moyen Age par les historiens mais aussi par le grand public a considérablement changé : elle se fait plus humaine, à hauteur d’hommes. Beaucoup de terrains de recherche ont été défrichés, mais une des tâches des médiévistes à venir : « faire parler les silences actuels du Moyen Age » (ceux des paysans, des femmes, des jeunes, des éventuels athées).

Jacques Le Goff ne manque pas de témoigner sa reconnaissance à ses pairs et maîtres. Dans ce modeste billet hommage à ce grand médiéviste, qu’il me soit permis de témoigner de mon égale admiration envers d’autres historiens qui m’ont stimulée alors qu’étudiante en histoire, je travaillais sur la vie de Marie d’Oignies, une sainte belge du début du XIIIe siècle : Jean Chélini, André Vauchez, Alain Bourreau et Laurent Feller, qui a dirigé mon mémoire. Belle et enrichissante période que celle de la recherche en histoire, je la regrette.

Bien qu’il se sente « né quelque part entre Bologne et Paris, Saint-Jacques de Compostelle et Rome entre 1150 et 1250« , Jacques Le Goff a quatre-vingt-dix ans aujourd’hui, 1er janvier 2014. Il anime toujours régulièrement Les Lundis de l’Histoire, sur France Culture.

 

A la recherche du Moyen Age

Jacques Le Goff (avec la collaboration de Jean-Maurice de Montremy)
Audibert, 2003
ISBN : 2-84749-025-6 – 169 pages – épuisé dans cette édition





23 réponses à « A la recherche du Moyen Age de Jacques Le Goff »

    1. Sandrine
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