Ma mémoire assassine de Kim Young-ha

Kim Byeong-su, ancien tueur et ancien vétérinaire, n’est pas au mieux de sa forme. Entendons-nous bien : ce n’étaient pas des animaux qu’il tuait du temps de sa jeunesse, mais bien des êtres humains. Tueur en série, c’est ce qu’il était.

Commençant sa carrière par son père alcoolique et violent étouffé avec l’aide de sa mère et de sa petite soeur à l’âge de quatorze ans, il n’a raccroché qu’à quarante-quatre avec un beau palmarès à son actif. On n’en saura guère plus dans Ma mémoire assassine qu’il écrit devenu septuagénaire, alors qu’il a plus que jamais besoin de se souvenir.

Mon dernier meurtre date d’il y a vingt-cinq ans. Ou vingt-six ? En tout cas c’est à peu près ça. Je n’ai pas tué mes proies sous le coup d’une pulsion ou à cause d’une quelconque perversion sexuelle, contrairement à ce que les gens croient en général. J’étais plutôt mû par un sentiment de regret, ou par l’espoir d’éprouver un plaisir toujours plus entier. Chaque fois que j’enterrais une nouvelle victime, je me disais : « Je ferai mieux la prochaine fois. »
Si j’ai cessé de tuer, c’est parce que cet espoir a disparu.

C’était pourtant la belle époque des tueurs en série, celle d’avant l’ADN et les caméras de surveillance.  Il y a aujourd’hui prescription et pourtant, Kim Byeong-su souhaite plus que jamais se rappeler son passé. C’est que son médecin vient de lui diagnostiquer un Alzheimer et les souvenirs les plus anciens sont désormais les plus proches.

Il y a aussi ce tueur en série qui sévit dans les parages : Byeong-su s’inquiète pour sa fille Eun-see âgée de vingt-sept ans (qu’il a adoptée après avoir tué ses parents). Il craint qu’il ne lui arrive quelque chose, d’ailleurs il est certain qu’un type le surveille et la suit. Il s’appelle Pak Ju-tae, une tête de rat, que Eun-see lui ramène un jour à la maison : elle veut l’épouser.

On dirait presque une comédie. Sauf que l’humour de Kim Young-ha est très noir et que le vieux tueur nostalgique et fin lettré perd la boule de façon pathétique. Petit à petit il oublie, son quotidien se délite et plus que de la mort, il a peur de la solitude et de l’indignité. Ne plus savoir qui il est, ni où il habite. Et de fait le lecteur est loin d’avoir en main tous les éléments pour comprendre les véritables faits et gestes de l’ancien tueur. Est-il un narrateur crédible ?

Voilà un étrange roman noir où celui qui doit tuer lutte contre la déréliction, à l’image du récit. En jouant sur les faux souvenirs et la mémoire partielle des faits, l’auteur construit son suspens, bien plus sombre qu’il n’y parait au départ.

 

Ma mémoire assassine

Kim Young-ha traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel
Philippe Picquier, 2015
ISBN : 978-2-8097-1084-7 – 152 pages – 17 €

Sarinja eui kieokbeop, parution en Corée : 2013





7 responses to “Ma mémoire assassine de Kim Young-ha”

    1. Sandrine
  1. Karine:)
    1. Sandrine
  2. Ray
    1. Sandrine

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