Don Juan de la Manche de Robert Menasse

Cher Robert,

Nous avons passé plusieurs heures ensemble sans nous rencontrer. Tu ne savais pas que j’étais là, attentive à te lire, prête à t’apprécier. Et tu n’as donc pas fait d’efforts, pas de chichis entre nous, je t’ai pris tel qu’en toi-même, sans te connaître du tout. Tu m’as présenté Nathan, pas vraiment mon style d’homme.

Cette rencontre a été un échec, je le regrette, mais ne suis après tout qu’une de plus parmi toutes celles que Nathan a fréquentées. Sans beaucoup plus de résultat.

Mais Robert, as-tu lu la quatrième de couverture de Don Juan de la Manche ?

Pris entre une mère juive envahissante et un père occupé à jouir de la vie, Nathan s’épuise à ressembler à un don Juan sans parvenir à être autre chose qu’une sorte de Don Quichotte. C’est à sa psychanalyste qu’il fait le récit de ses échecs passés : expériences sexuelles ratées, mariages malheureux, vaines tentatives de séduction qui se sont heurtées à la vague ultra-féministe des années soixante-dix. Nathan ne se prive pas de broder sur certains épisodes, car ce bavard malchanceux est un homme pour qui fiction et vérité s’entremêlent continuellement.

Ça commence mal Robert. Ça n’est pas sexy un type qui égraine ses échecs, qui bedonne et se lamente. Pas sexy du tout. Et puis, les bains de pseudo liquide amniotique, la prochaine fois évite : c’est un tue-l’amour.

Impuissant et lucide, il assiste au dévoiement de sa profession de journaliste. La disparition de ses parents marque le point où sa destinée bascule.
Robert Menasse, qui parodie ici avec une verve comique jubilatoire la tradition du « roman d’éducation » – le livre a pour sous-titre L’Éducation au désir – se livre à travers son héros à une réflexion sur l’amour et la différence des sexes. C’est à Woody Allen que l’on songe, autant qu’à Philip Roth ou Michel Houellebecq desquels il est proche par l’ambition de mener avec les armes du roman un combat sans merci contre les monstres dérisoires de la modernité.

Bon, c’est mieux dans la seconde partie, disons que c’est plus tentant. L’humour, c’est un atout Robert, même si tu es aussi moche que Michel Houellebecq (ce qui m’étonnerait tout de même). Mais voilà, une fois tournée la dernière page de ton roman, je cherche encore la parodie et surtout la « verve comique jubilatoire« . Franchement Robert, tu n’es pas drôle du tout. Woody l’est, même s’il est moche, petit et Juif et même s’il nous raconte toujours les mêmes personnages. Mais avec toi Robert ça ne fonctionne pas. Ton Nathan consomme bien trop de femmes avec cynisme pour que je prenne en pitié ses échecs.

Et puis, un conseil Robert : si tu veux tenir la longueur, ne lâche pas toutes tes cartouches à l’abordage. En commençant comme ça ton roman, tu laisses présager un truc torride :

Le jour où Christa a pilé des piments entre ses mains avant de me masturber et de me demander – pour reprendre ses mots – de l’enculer, j’ai compris toute la beauté et la sagesse du célibat.

Si tu ne tiens pas la distance sur ce registre, ménage tes entrées Robert sinon, c’est la déception assurée. Retourne voir Hannah, ta psy, elle est de bon conseil.

J’ai fait la connaissance de Robert Menasse dans le cadre de l’émission d’Arte L’Europe des écrivains aujourd’hui consacrée à l’Autriche.

 

Don Juan de la Manche : l’éducation au désir

Robert Menasse traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
Verdier, (Der Doppelgänger), 2011
ISBN : 978-2-86432-656-4 – 215 pages – 18 €

Don Juan de la Mancha oder die Erziehung der Lust, parution en Autriche : 2007





24 responses to “Don Juan de la Manche de Robert Menasse”

    1. Sandrine
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    1. Sandrine
    1. Sandrine
  1. anjelica
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
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    1. Sandrine
  2. Edelwe
    1. Sandrine

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