Un mort vivait parmi nous de Jean Galmot

Aux Français de la métropole le nom de Jean Galmot (1879 – 1928) ne dit pas grand-chose. Pourtant, Blaise Cendras fit de lui le héros de Rhum, et en 1990, le film d’Alain Maline nous a rappelé quel personnage haut en couleur il avait été : journaliste, aventurier, chercheur d’or, député de la Guyane… il vécut mille vies en une, n’oubliant pas de fréquenter ministres et escrocs et de faire un arrêt de plusieurs mois par la case prison (et payer vingt-trois millions de francs !).

Parce qu’il réussit, Jean Galmot déplaît. En humaniste et contempteur du pillage colonial, il réclame droits et justice pour les Guyanais, et s’attire l’inimitié des fonctionnaires en place, qu’ils soient noirs ou blancs. Mais il devient papa Galmot, adoré de la population. Il paiera de sa vie cet engagement puisqu’il meurt empoisonné par ses opposants politiques.

C’est alors qu’il est détenu à la prison de la Santé qu’il écrit Un mort vivait parmi nous, roman qui se nourrit de son expérience de Blanc en Guyane. Nous voici donc au placer Élysée, celui de Galmot à partir de 1906, date de son arrivée en Guyane. Il y a dans ce camp de nombreux hommes qui travaillent dans des conditions insupportables pour extraire de l’or : fonctionnaires blancs, Indiens, Guyanais, anciens forçats… Dans ce lieu moite de sueur et saturé d’humidité, voilà qu’arrive Marthe à la recherche de son Pierre. Mais Pierre est parti sur un autre placer et elle ne peut le rejoindre. Elle doit rester au milieu de ces hommes privés de femmes depuis des mois. La tension sexuelle est rapidement à son comble, tous fantasment sur Marthe, peu farouche. C’est alors qu’apparaît de loin un loin un fantôme qui semble vivre dans l’ombre de chacun.

Le désir, l’abattement, la fatigue, la folie peut-être construisent ce fantôme qui comme les autres exprime son désir pour Marthe, l’amour et toutes les frustrations des mineurs morts qui ont un jour tout abandonné pour l’or. Et Marthe joue avec eux tous, consciente de son pouvoir de femme, gagnée elle aussi par la fièvre de l’or.

C’est peu de dire qu’en lisant Un mort vivait parmi nous on plonge dans le quotidien des chercheurs d’or de Guyane. On en sort moite, tout frissonnant de cette fièvre de l’or qui saisit jusqu’aux esprits les plus rationnels. Jean Galmot du fond de sa prison parisienne s’emploie à redonner vie à l’incroyable forêt équatoriale, aux sons, aux odeurs, aux animaux. Il s’attache à recréer pour le lecteur une ambiance et un monde qu’il a appris à connaître et à aimer. Il décrit les rudes mineurs avec réalisme et compréhension. L’immersion est totale. Elle s’agrémente, dans cette réédition, d’une préface instructive de Xavier Rosan et de quelques reproductions photographiques qui concrétisent l’évocation.

Jean Galmot pratique un certain lyrisme, parfois trop grandiloquent mais souvent poétique, qui traduit son émotion face à la rudesse et à la beauté de ce milieu naturel luxuriant.

Il y a des solitudes qui sont peuplées comme des villes, et des jours plus chargés d’ombre que des nuits de printemps.
Il y a dans le silence de la forêt des voix toujours nouvelles : des sanglots, des cris étouffés d’enfants, des coups sourds, comme des coups de hache dans le lointain, et, tout proche, un froissement d’ailes, le tremblement du vent dans les cimes, et toujours un grondement comme le frottement de l’eau sur une plage.

Cette nature surprenante et dangereuse est à la fois adversaire et source d’émerveillement. C’est de la nature que vient l’or, Galmot et ses hommes l’arrachent à la terre, au fleuve, y laissant leurs forces, leur raison, leur vie. Toujours avides de rêves et d’espoirs, ses personnages finissent par partir en quête d’El Dorado, ce roi mythique que tous les Européens cherchent depuis quatre siècles.

L’Eveilleur, émanation de la revue littéraire « Le festin », ouvre son catalogue avec cette réédition. La maison s’emploiera à « tirer de l’oubli des pépites littéraires et des curiosités qui fleurent bon l’intelligence, stimulent l’esprit, ragaillardissent les sens » : excellent programme !

 

Un mort vivait parmi nous

Jean Galmot
Le festin/L’Eveilleur, 2016 (première publication : 1922)
ISBN : 978-2-36062-141-5 – 204 pages – 19 €





12 réponses à « Un mort vivait parmi nous de Jean Galmot »

    1. L’Éveilleur
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  1. Intissar

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