Ceux qui n'oublient pas de Clément Bouhélier

Ceux qui n’oublient pas, premier tome d’un dyptique intitulé Chaos, s’ouvre sur l’acte dont les conséquences nous seront contées sur 450 pages. Une femme brise une éprouvette sur le quai d’une gare parisienne. Ainsi libère-t-elle des millions de « passagers clandestins » qui s’accrochent aux voyageurs, puis à ceux qu’ils croisent. Ainsi se propage l’épidémie.

Premiers symptômes : maux de tête. Pages après pages, le lecteur part à la découverte de nombreux personnages qui sentent pointer la migraine. Qu’ils invoquent le surmenage, l’âge ou l’arrivée de l’hiver, aucun ne va mieux après quelques jours de repos. Bien au contraire. L’état des malades empire, bientôt ils souffrent de troubles de la mémoire, puis de catatonie.

En hauts lieux, on ne s’affole d’abord pas. Disons même que c’est l’apathie. A part un obscur fait-diversier de province, personne ne fait le rapprochement entre tous ces cas. Mais bientôt, médecins, pompiers et hôpitaux sont submergés : on a bien affaire à une épidémie qui fait aussi des victimes dans les ministères.

Quatre personnages sortent du lot et semblent immunisés contre le virus : ils sont ceux qui n’oublient pas. Chloé, actrice porno, Philibert, collégien, Arthur, attaché parlementaire et Claudy, employé de banque à la retraite. plus exactement ex-actrice, ex-collégien, ex-attaché parlementaire et même ex-retraité car dans le décor de fin du monde que devient la France, à l’instar du monde, il ne reste plus rien des statuts et des valeurs passés. C’est même un des thèmes de cet opus qui décrit la lente désagrégation d’une société qui part en sucette sans savoir pourquoi.

Le lecteur ne sait pas non plus ce qui se passe exactement. A peine possède-t-il quelques indications de plus que les quatre principaux protagonistes. A savoir que la femme qui a brisé l’éprouvette agit pour le compte d’un très mystérieux homme aux yeux vert sale, qu’elle a eu d’autres vies et habité d’autres corps avant celui-ci. On comprend également qu’une mystérieuse entité envoie des signes sous forme de visions à nos quatre protagonistes pour les guider dans le chaos vers l’étoile. Laquelle ? Au final, ça sent le mystique ou le combat divin. Ou autre chose de complètement différent… Le mystère est total à l’issue de ce premier volume quant à l’origine de l’épidémie.

Le point fort de Clément Bouhélier est à l’évidence la description. Description psychologique très fouillée des personnages principaux mais aussi d’une pléthore de personnages secondaires tous très bien campés. Et surtout description minutieuse de l’effondrement de notre pays à la vitesse de l’éclair. Maux de tête, maladie de l’oubli, panique, manifestations, insurrection, militaires dans la rue. Si on s’arrêtait là, on aurait un décor de dystopie, mais l’autorité militaire renonce aussi et des milices se forment : dans les rues, des groupes indépendants auto-armés zigouillent les malades. Pas difficile de les reconnaître : ils ânonnent, bavent et déambulent comme des… zombies. Oui, mais des zombies qui ne sont ni morts ni anthropophages, juste amorphes et probablement contagieux.

Un peu de critique sociale, beaucoup de fin du monde et des zombies qui n’en sont pas : voilà qui retient l’attention malgré quelques longueurs. La fin est carrément bizarre et on ne peut que s’interroger sur ce que nous promet le second volume à paraître en août prochain (bon timing pour les impatients).

 

Chaos- 1 : ceux qui n’oublient pas

Clément Bouhélier
Critic, avril 2016
452 pages, 22€





4 réponses à « Ceux qui n’oublient pas de Clément Bouhélier »

    1. Sandrine
  1. Lueur
    1. Sandrine

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