Les Sous-vivants de Johan Heliot

Un monde en ruine envahi par la végétation. A la Surface vivent des tribus. Celle de Soria, Keiff et Selim s’est réfugiée dans Notadam, immense bâtisse de pierre qui protège les hommes des implacables rayons du soleil. Il y a aussi les Invisibles, cachés grâce à Mère-Forêt. Parce qu’ils ont faim, quelques Invisibles obligent Soria par ruse à franchir une frontière et à lui donner sa récolte de la nuit. Soria et les siens n’ont plus grand-chose à manger et son père décide de sortir, de traverser la forêt pour échanger leurs étoffes contre des vivres. Mais la traversée est dangereuse car les ferhoms rodent et capturent les imprudents.

Les chapitres consacrés à Soria à la Surface alternent avec ceux consacrés à Harkan et Tigdal de la communauté des Hommes-Vrais qui vivent dans des tunnels. Ils achèvent leur formation et se retrouvent à pratiquer ensemble des exercices de simulation en Surface : ils traquent des Invisibles. Leur mentor les estime inséparables, au grand dam de Tigdal, depuis toujours persécuté par Harkan. Mais Tigdal a une vue très perçante qui permet à Harkan de faire mouche et tous deux sont ainsi très efficaces.

Ce que le lecteur comprend, c’est que ces personnages vivent dans un monde futuriste et post-apocalyptique. La nature y a repris ses droits et la technologie n’existe plus, en dehors de l’électricité dont les Hommes-Vrais ont besoin. C’est pour l’obtenir qu’ils semblent capturer et esclavagiser les tribus de la Surface.

Johan Heliot est assez habile pour ne pas en révéler trop (mais pourquoi la 4e de couverture le fait-elle ???). Le suspens est maintenu car le lecteur ignore ce que font les Hommes-Vrais, aussi baptisés Purs, dans leurs souterrains : pourquoi enlèvent-ils des gens ? Pourquoi ont-ils besoin d’électricité ? Il s’interroge également sur les diverses tribus présentes dans ce qui s’avère rapidement être Paris : pourquoi ces peuples sont-ils en conflit ? Grâce au procédé itératif des « racontars de Selim », le lecteur découvre les légendes qui ont cours : elles donnent un aperçu des croyances, mais aussi de ce qui a pu se passer, malgré les déformations dues à la transmission orale et aux superstitions.

A noter que Johan Heliot travaille la langue et sa possible évolution (sans excès, juste par évocation) en choisissant de transformer Notre-Dame en Notadam et l’Île de la Cité en l’îlesite par exemple. C’est sans insister non plus (et c’est tant mieux) qu’il utilise le thème de la différence : chacun est le monstre de l’autre quand il est différent et qu’on ne le connaît que grâce à des légendes ou une doctrine. J’ai vu dans ce contexte affleurer une allusion à La Machine à explorer le temps avec ses Eloïs et ses Morlocks, même si la Surface est loin d’être un vert paradis.

Johan Heliot choisit au final de ne pas expliciter les événements passés, de ne pas clairement raconter l’évolution du monde et de l’humanité jusqu’à cette période future. Quelques allusions très floues tiennent lieu d’explications. Ainsi le lecteur qui achève Les Sous-vivants en sait-il tout autant que les personnages.

Johan Heliot sur Tête de lecture

 

Les Sous-Vivants

Johan Heliot
Seuil Jeunesse, janvier 2016
318 pages, 14€





2 responses to “Les Sous-vivants de Johan Heliot”

    1. Sandrine

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