
Nous avons découvert grâce à la série de Zygmunt Miloszewski le procureur Teodor Szacki qui enquêtait sur des affaires sordides dans diverses villes de Pologne. Le type n’était pas hyper chaleureux, la Pologne non plus, et avec cette nouvelle série qui s’ouvre cette fois chez Agullo, on pourrait croire que c’est un pays triste. Ceci dit, le polar scandinave ne nous présente pas non plus la région de façon riante. Bref, névrosés et dépressifs, passez votre chemin : ça n’est pas avec Pyromane que vous attraperez une crise de rire.
L’inspecteur qui sévit ici s’appelle Jakub Mortka et ça n’est pas un gai luron. L’acariâtre vient de divorcer d’une femme qu’il aime encore. Il vit en colocation avec un couple d’étudiants sans gène, se nourrit mal et est souvent en délicatesse avec sa hiérarchie. Et bien sûr, il gèle à pierre fendre, un froid bien polonais. Autant dire que Wojciech Chmielarz (misère, comment articuler ça…) ne fait pas dans l’original. Son enquêteur a un air confortable de déja-vu (comment se fait-il qu’on les aime tant ces enquêteurs dépressifs ?), voyons donc si l’intrigue innove.
Les premières pages suspendent le lecteur aux pas d’un pyromane en pleine action. On ne sait rien de lui si ce n’est ses faits et gestes, efficaces puisque la maison visée part en fumée. A l’intérieur, un homme allongé sur un canapé et une femme enfermée dans un placard. Elle, c’est une chanteuse qui n’a pas trouvé le succès qu’elle escomptait ; lui, c’est son mari, qui périt dans l’incendie. Il se trouve bientôt, grâce à l’enquête de Mortka, que l’homme était déjà mort…
Il s’avère que deux incendies précédents semblent liés à celui-là, de même qu’un quatrième, encore plus tragique. Mortka et son collègue Kochan enquêtent dans les milieux du banditisme. Ils ne négligent pas l’enquête de voisinage et les services d’une psychologue. Celle-ci affirme d’ailleurs que les pyromanes s’appliquent toujours à ne pas faire de victimes. Alors pourquoi deux enfants périssent-ils dans l’incendie suivant ?
Jakub Mortka mène son enquête sans course-poursuite ni test ADN. C’est un flic à l’ancienne qui réfléchit beaucoup et grommelle encore plus. C’est aussi un bon observateur de la société qui l’entoure. La Pologne qu’il donne à voir n’est pas un miracle économique. Lui-même, pourtant inspecteur de police, vit dans une grande précarité. Et s’il est prêt à tout pour poursuivre son enquête (y compris contrevenir aux ordres de sa hiérarchie), il ne fait pas figure de zorro au quotidien. On lui en veut d’ailleurs de ne pas réagir face à un cas évident de femme battue dans son entourage proche. Et si on lui en veut, c’est que le personnage fonctionne : il nous émeut, nous fait éprouver des émotions. En ce qui concerne Ania, je lui laisse jusqu’au tome prochain pour réagir…
Je n’ai pas été convaincue par la traduction d’Erik Veaux. Plusieurs tournures m’ont fait grincer des dents (ex : « Un poids s’ôta de son coeur« ). Idem pour la grammaire (« Je me suis rendue compte« ) et le tout manque de fluidité. Ah et puis ça serait bien que les auteurs polonais qui souhaitent s’exporter à l’international sachent qu’il ne faut pas appeler un personnage Borzetowski et l’autre Korzeniowski… c’est emmêlant…
Wojciech Chmielarz n’a pas dans ce premier volume le rythme et l’humour de Zygmunt Miloszewski. L’idéal serait bien sûr de ne pas les comparer mais tout les rapproche. Là où Miloszewski analyse l’impact de l’Histoire dans la société polonaise actuelle, Chmielarz se fait plus observateur de la classe moyenne et de la difficile modernité. Ces différents points de vue sont précieux et c’est une chance d’avoir accès en français à plusieurs auteurs polonais de romans policiers.
Wojciech Chmielarz sur Tête de lecture.
Pyromane
Wojciech Chmielarz traduit du polonais par Erik Veaux
Agullo, 2017
ISBN : 979-10-95718-18-5 – 409 pages – 22,50 €
Podpalacz, parution en Pologne : 2012
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