
Le dernier monde, Le dernier homme, Les fils de l’Homme : bien des romans de science-fiction s’intéressent à ceux qui seront les derniers représentants du genre humain. Il s’agit souvent d’anticipations à court terme susceptibles de ne pas effrayer les non-amateurs du genre. P.D. James est connue pour ses romans policiers et de fait Les fils de l’Homme est sa seule incursion en SF. Elle a donné lieu à un film d’Alfonso Cuaron en 2006 avec Clive Owen, Julianne Moore et Michael Caine.
Les premiers chapitres sont les pages du journal intime de Theo Faron, historien universitaire spécialiste de la période victorienne. Ils alternent ensuite avec un point de vue externe. On est en 2021 (le livre est paru en 1992) dans une Angleterre où les derniers enfants sont nés 25 ans plus tôt. En effet, la population mondiale est devenue stérile sans que l’on sache pourquoi. Plus de landaus, plus d’écoles, plus de parcs vibrant de cris d’enfants. La population vieillit donc et le genre humain se meurt.
Xan Lyppiat est à la tête de l’Angleterre. Il exerce une dictature consentie dans la mesure où il donne aux gens ce qu’ils veulent : des loisirs, du plaisir et la sécurité. Mais les Omegas, la dernière génération d’enfants (gâtés) ont 25 ans et font régner la terreur pour s’amuser. Chacun s’enferme dans son univers pour affronter la lente fin du genre humain. Theo Faron vit sa routine de divorcé solitaire, enfermé dans son égoïsme et les souvenirs de son mariage raté. Il est le cousin de Xan Lyppiat et jadis son conseiller. Mais il a renoncé à ce poste.
Sa vie, comme celle de tout le monde, baigne donc dans une certaine langueur qui confine à la tristesse. Jusqu’au jour où une femme l’aborde secrètement. Elle et ses camarades souhaitent le rencontrer pour lui parler. Ils forment un groupe de résistants qui luttent contre le pouvoir dictatorial du gouverneur. Ils pensent que Theo pourrait changer les choses en portant leur message à son cousin.
Les fils de l’Homme propose une première partie monotone, un peu longue, qui contraste avec la seconde qui tourne à la course-poursuite. Entre les deux, un rebondissement bouleverse la vie de Theo et lui donne des raisons de se mettre en marche. La monotonie rend alors compte de la déréliction qui saisit tout un chacun. Certains mettent en place des subterfuges pour vivre comme avant qui tournent à la folie (des poupées ou des animaux choyés comme des enfants, baptisés). Ainsi P. D. James rend-elle compte des conséquences à la fois sociales et psychologiques de la disparition annoncée de notre espèce.
Quand Theo intègre le groupe, il n’est plus aussi autocentré. Chaque membre représente une attitude de lutte possible, jusque dans la violence ou la religion. Le moteur de Theo serait plutôt, contre toute attente, l’amour. Mais chut, je vous laisse découvrir ce roman qui détone dans la production de cette romancière britannique mais dénote un talent certain pour l’anticipation et surtout pour décrire la fragilité humaine.
Les fils de l’Homme
P. D. James traduite de l’anglais par Eric Diacon
Le Livre de Poche, 2019
ISBN : 978-2-253-13831-0 – 349 pages – 7,70 €
The Children of Men, parution originale : 1992
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